‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 82 sur 170 · MIS CHI · texte numérisé non relu

MIS CHI

Chambre, je pris la parole comme pair, laissant la présidence à un de mes vice-présidents, et J'exposai ainsi le motif de mon intervention en faveur de la loi :

« — Avez-vous donc oûblié, messieurs, que le jeu est une mine féconde de malheurs, de crimes, d’attentats les plus horribles? Ne vous souvient-il plus de Fieschi, de cet homme qui a fait tant de victimes autour de la personne auguste qu'il n'avait pu attendre? Eh bien, Fieschi est devenu un grand coupable parce qu'une maison de jeu l’a reçu, l’a dépouillé, parce que la ruine qu'il y trouva l’a poussé aux mains des conspirateurs. Ecoutez son histoire, puisqu'elle n’est plus présente à vos souvenirs. Fieschi, poussé par la misère, travaillait à la canalisation de la Bièvre. Son activité, son intelligence, le firent remarquer par M. X..., entrepreneur de:ces travaux; 1l lui confia une sorte de contrôle; il en fit un contremaître; puis, pendant le choléra, Fieschi prodigua des soins si attentifs à son patron, atteint par le fléau, que celui-ci, plein de reconnaissance, le choisit pour caissier, pour payeur. Tout alla bien pendant quelque temps. Mais un Jour le payeur ne solda pas ses hommes, 1l les fit attendre; une seconde semaine sans payement vint accroître la dette.

«Enfin, 1l fallut s'expliquer, et Fieschi avoua qu'il avait joué et perdu l'argent destiné au salaire des ouvriers. Renvoyé à cause de cette infidélité, le malheureux se trouva en rapports avec Morey et fut affilié aux projets de ce conspirateur. Il proposa une machine de son invention; elle fut acceptée, et vous savez ce qu'il advint.» Ces motifs eurent le pouvoir d'entraîner la majorité de la Chambre des pairs, et j'eus à m’applaudir d’avoir contribué au succès d’un projet qui me tenait à cœur. »

M. le chancelier nous dit encore :

«Les maisons de jeu ont toujours été un lieu où la

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police faisait d'importantes captures. En voici une assez singulière. Un peintre en miniature était parvenu à copier un billet de banque de cinq cents francs. La copie était si parfaite que le billet fut donné en payement et reçu. Un second, un troisième, réussirent également; mais la banque découvrit le faux, et l’on dut rechercher d’où il venait. Un nouveau billet fut présenté au n° 113. Le joueur engageait dix francs, vingt francs. on lui rendait la monnaie de son billet. Mais le croupier avait vu le joueur, il le fit suivre, et l’on sut et son nom, et sa demeure. On vint m'avertir, et 1l fut décidé qu'on laisserait au peintre le temps de fabriquer une autre pièce. Il fallait pour cela du temps, car le travail était des plus délicats. Un jour, on saisit le monsieur à l'instant où il allait rentrer chez lui. On monte dans son atelier, on fouille partout, sans rien rencontrer, lorsqu'un des agents de police — c'était précisément Vidocq, devenu depuis si célèbre dans son genre — suit un coup d'œil du peintre, dirigé vers son poêle, et, sur cet indice, trouve sous la pierre de ce poêle un billet aux trois quarts terminé, avec les pinceaux, l'encre de Chine et le bon billet servant de modèle. Il était question de traduire cet homme devant la cour d'assises; mais la Banque s'y opposa par le motif que la publicité, inévitable en pareille matière, provoquerait des tentatives d'imitation. En conséquence, on mit le peintre à Vincennes, d’où il sortit en 1814, avec plusieurs autres individus retenus là par raison d'Etat. »

Le chancelier nous a parlé, l’autre soir, d’un ouvrage curieux : le Voyage à Coblentz, du roi Louis XVIII. «Quand parut ce petit livre, un journal, Ze Constitulionnel, je crois, au lieu de consacrer un long article à l'analyse de cette production littéraire, se Den à imprimer la ligne suivante : «Si ce petit ouvrage est du

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