FONTAN
mins de fer. Le criminel fut dirigé à pied sur le Dépôt et attaché à un forçat qui avait la gale. Cet accouplement fit jeter les hauts cris à toute la presse. Une polémique ardente s'éleva à cette occasion, l'opposition en parla à la tribune, de toutes parts on cria à l’atrocité, à l'injustice, et Fontan fut proclamé martyr. Il s'agissait d'obtenir sa grâce. Deux de ses amis, Frédéric Soulié et Jules Janin, rédigèrent une supplique au roi, afin d’attendrir le susdit tyran : «Sire, Je me Jette à vos
pieds!...» Jamais il ne voudra signer cela — Tu crois? — Certes! — Eh bien : «Sire, j'embrasse vos genoux !...» — C’est encore trop humble! — Diable!
Comment donc dire?»
On finit par rédiger une lettre que Janin proposait de commencer par «mon cher ami» ! Mais c'était encore trop royaliste et cette fameuse requête était tout Juste aussi polie que de nécessité. Fontan, à qui on la montra, la déchira héroïquement et ne voulut rien entendre. On aurait dit quil pressentait la liberté prochaine. La révolution de Juillet éclata, la prison s’ouvrit, et 1l faut le dire, parce que c’est la vérité, le nouveau roi, populaire, protégea Fontan, lui donna de l'argent et, somme toute, le tira de la misère.
Bien des histoires ont couru sur ce personnage qui est mort sans gloire, bien que le roi Louis-Philippe lui eût donné la croix d'honneur. On peut contester l’à-propos de cette récompense, mais l'esprit de parti aveugle les meilleurs esprits.
Les recueils de ces petits Journaux qui empêchaient de dormir MM. de Corbière, de. Peyronnet, sont illisibles; on ne comprend pas facilement à quel point ils avaient de l'influence sur les hommes du pouvoir. Mais l'espèce humaine est ainsi faite. On dit que Mme de Staël était aux abois quand un petit article du Nain jaune la prenait à partie. J'ai vu Dupuytren très malheureux quand un misérable petit journal s’avisait de