‹ Journal du docteur Prosper MénièreChapitre 98 sur 170 · M. DE FALLOUX · texte numérisé non relu

M. DE FALLOUX

l’impératrice les tuniques collantes, à la grecque, seraient mises à l’ordre du jour. Pour ma part, je ne demande pas mieux.

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— Le Siècle s'efforce de prouver que M. de Falloux n'a pas de talent et que son grand-père était épicier. Ces absurdités sont de mode aujourd'hui, bien qu'il doive sembler étonnant que cette feuille archilibérale, démocratique et même ultrarouge ait le droit d’épiloguer sur un pareil sujet. En bonne république, la roture de M. de Falloux devrait être un titre de gloire. On a cherché une querelle semblable à M. de Montalembert, qui, suivant Ze Szècle, n’a pas le droit de porter son nom, car il a accepté la fortune d’un parent qui la lui avait léguée à la condition de porter le nom du légataire. Je ne sais à quel point cette accusation est fondée, mais le Szècle a fait grand bruit de ces choses.

M. de Montalembert a paru un instant chez M. le duc Pasquier. Il a causé avec le chancelier, avec M. de Falloux. Sa figure blonde et sans relief n’a pas changé depuis l’époque où je lui ai fait visite rue du Bac, dans son hôtel, et depuis le jour où il est venu chez moi. L’académicien Legouvé a également fait une courte visite. Je ne lui ai rien entendu dire de saillant. Un malin personnage a insinué qu'il avait été nommé de l’Académie à cause de son père, tandis que M. de Broglie l'avait été à cause de son fils. Ce propos est fort piquant, mais assez peu juste. Le jeune prince de Broglie a beaucoup de talent, sans contredit, mais son père a Joué un assez grand rôle dans nos affaires publiques, 1l a parlé et écrit assez pour que sa place soit marquée parmi les Quarante. On dit, à la vérité, qu'il y a près de lui un certain M. Doudan qui est pour quelque chose dans les succès du duc. Mais c’est là un mystère d'intérieur qu'il ne m'appartient pas de tirer au clair.

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Pendant que nous admirions la tête grecque si bien restaurée par M. Simart, un amateur d'anatomie faisait remarquer les belles dimensions du crâne et la petitesse relative du visage et surtout de la bouche et du menton. Ces proportions étaient signalées comme caractéristiques de la beauté, de l'intelligence, de l’humanité proprement dite. Un des assistants fit observer que le développement de la mâchoire inférieure, signe de l’animalité, et regardé par les sectateurs de Gall comme l'indice de la fermeté, de la décision, du courage, ne prouvait pas grand'chose; témoin M. Molé, qui offrait un maxillaire inférieur des plus prononcés, et qui n'avait jamais brillé par ces qualités.

M. Molé était tenace dans son indécision; il ne prenait pas volontiers un parti et résistait opiniâtrément aux efforts des personnes qui voulaient l’entraïîner vers un but quelconque. Il avait le courage de l’immobilité, mais c'était une vertu passive, disait mon interlocuteur.

L’aïeul de M. Molé avait épousé la fille de Samuel Bernard (1), ce fameux argentier du roi.

J'ai appris depuis que, par suite de la haute position de la famille Molé, le susdit Samuel Bernard n'avait jamais été mis en scène. Sous la monarchie, la censure interdisait toute allusion à cet Hébreu, et aujourd'hui encore cette protection du pouvoir est restée traditionnelle.

ÎIl y a bien longtemps que le vieux Bertin aîné disait à un Jeune homme, qui écrivait dans le Journal des Débats : «Mon enfant, souviens-toi, si tu veux arriver à bien, de ne jamais parler de Samuel Bernard, à

(1) Samuel Bernard, né à Sancerre le 29 octobre 1651, mort à Paris le 18 janvier 1739, et l’un des soixante-trois notables commerçants qui abjurèrent le protestantisme en 1685. Marchand de drap d’or et de joaillerie, il devint ensuite banquier. Louis XIV l’anoblit, avec cette clause qu’il continuerait son commerce sans déroger. Il devint, sous Louis XV, conseiller d'État.

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