‹ Journal du lieutenant WoodberryChapitre 4 sur 12 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

6 mars 1815. — Le 18e de hussards est à Canterbury. Émeutes à Londres à cause des lois sur le blé.

7 mars. — Les bureaux de la guerre envoient Tordre à deux escadrons du 18e de marcher immédiatement sur Londres. L'ordre arrive à onze heures du soir, les officiers étant tous au bal public. Départ à une heure et demie.

8 mars. — Les troupes passent à Dartford et arrivent à Londres après une étape de soixante-neuf milles : nous sommes logés à Somerstown et Islington. Nous sommes hués par la canaille.

9 mars. — Parade en tenue de campagne : tout est tranquille.

10 mars. — La tranquillité continue.

11 mars. — J'installe un piquet de soixante hommes à Burlington-House; il yen a un autre de vingt hommes dans Tottenham-Court Road.

12 mars. — Tranquillité complète.

13, 14 mars. — Je commande un piquet à Marsden's Stables Tottenham-Court Road.

1 5 mars. — De piquet à Burlington-House.

16 mars. — Mon escadron se transporte dans un manège de City-Road.

17 mars. — Revue dans Hyde-Park passée par le comte Uxbridge. Toute la cavalerie est présente.

18, 19 mars. — De piquet à Marsden's Stables.

20, 21 mars. — De piquet à Burlington-House. Buonaparte à Paris.

22 mars. — De piquet à Burlington-House.

23, 24 mars. — Vendredi saint. Reçu la nouvelle que les hussards vont être immédiatement envoyés en Belgique pour renforcer l'armée de lord Wellington.

25, 26, 27 mars. — Bal du lord-maire : j'y vais en grande compagnie.

28, 29 mars. — Les troupes marchent sur Greenwich à destination de Canterbury. Je vais à un bal donné par le père de Gordon.

30, 31 mars, 1er avril. — Les deux escadrons arrivent à Canterbury.

LE SABRE A ÉTÉ DONNÉ A l'hOMME POUR NE PAS ETRE ESCLAVE !

Canterbury, mercredi 19 avril 1815.

L'honorable H. Murray, notre lieutenant-colonel, ayant reçu il y a trois semaines Tordre de tenir le 18e de hussards prêt pour service à l'étranger, nous attendions de jour en jour l'ordre d'embarquement : il est arrivé hier soir et ce matin nous avons quitté Canterbury. L'aile droite du régiment est dirigée sur Douvres, la gauche sur Ramsgate.

A mon arrivée à Ramsgate, je trouvai les transports prêts à recevoir les troupes : tout était embarqué à deux heures de l'après-midi, lies officiers ne montèrent à bord qu'à six heures.

Je n'ai pas quitté le pont avant que les falaises d'Albion eussent disparu sous l'immensité des eaux. Je tenais jusqu'au dernier moment des yeux de reconnaissance et d'affection fixés sur ces rivages dont les habitants me sont si chers.

Monins, Luard et moi, enveloppés dans nos manteaux, nous passâmes la nuit couchés sur le pont. Monins était triste et ne voulut ni boire ni manger avec nous. Ce jeune homme a laissé à Ramsgate une femme et un enfant : ses impressions doivent être cruelles, en quittant une si aimable compagne que peut-être il ne reverra jamais.

Ostende, département de la Lys (Flandres), jeudi 20 avril.

Devant nous sont les côtes de France et de Belgique. Nous avons très bien vu Dunkerque avec nos lunettes. Nous avons passé à quelques milles de JYieuport et vers dix heures nous sommes entrés dans le port d'Ostende. Nous le remontâmes à droite jusqu'au-dessous des glacis des fortifications. Les chevaux furent mis à l'eau, et ils eurent à nager pendant une vingtaine de yards avant d'aborder. Il n'y eut aucun accident.

Le soir tout le corps se dirigea vers le village de Ghistelles, distant de seize milles, où nous eûmes d'excellents logements dans des maisons particulières.

Les officiers ont diné ensemble dans une auberge : excellent vin de Reims, de Bourgogne et un bordeaux qui ne venait certainement pas de Bordeaux, mais qui était cependant préférable à nombre de clorets qu'on boit en Angleterre. Tous ces vins coûtent 2 francs la bouteille et le dîner était de 2 francs par tête.

Le port d'Ostende ne peut recevoir de grands navires. A l'entrée était échoué un transport de trois cents tonneaux.

La ville est solidement fortifiée : le duc de Wellington a récemment ordonné de faire différentes réparations et perfectionnements aux ouvrages. Quelques centaines d'ouvriers y sont occupés. Deux régiments d'infanterie prussienne et notre 44e font le service de garnison de la place. Dans le cas où l'armée anglaise subirait des revers, c'est ici qu'elle s'embarquerait pour regagner le sol natal.

LISTE DES OFFICIERS DU 18e DE HUSSARDS QUI SE SONT EM- BARQUÉS AVEC LE RÉGIMENT POUR OSTENDE, LE MERCREDI 19 AVRIL 1815, POUR REJOINDRE L'ARMÉE DES FLANDRES COMMANDÉE PAR LE DUC DE WELLINGTON.

Colonel. — H. Murray.

Capitaines. — 1. Kennedy. — 2. Ellis. — 3. Croker. — 4. Grant. — 5. Luard. — 6. Lloyd.

Lieutenants. — 1. Dunkin. — 2. Waldie.

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