CHAPITRE PREMIER. — FEVRIER
toujours, en toutes choses, pour le statu quo. Le duc de Montpensier m'a, au contraire, dit que j'avais très bien fait; il était très occupé de démentir la copie de l'ordre, signée de lui, donné à l'artillerie de Vincennes d'envoyer de la mitraille à l'École militaire; il commande l'artillerie des !'• et 14* divisions. On a fait venir des approvisionnements, en cas d'émeute, à l'Ecole militaire et dans les casernes de Paris; cet ordre est donc la conséquence de sa position; seulement, comme il est prince, quoique simple maréchal de camp, il a, contrairement aux ordonnances, un chef d'escadron faisant fonction de chef d'état-major qui signe « par ordre de Son Altesse Royale » ; c'est comme cela qu'il peut nier avoir signé l'ordre.
Le duc de Marmier, avec M. Sallandrouze et deux ou trois autres conservateurs dissidents, qui n'ont pas voulu venir avec la députation de l'adresse, étaient chez le Roi pour prouver qu'ils ne sont pas hostiles à sa personne.
De là, j'ai été un instant chez le ministre DuchAtel, qui était en conférence avec M. Dejean. J'ai causé avec lui un moment; il est sérieusement occupé de la situation. Je ne sais pas s'il est fort satisfait de la nomination du maréchal Bugeaud comme commandant en chef des forces de la Seine. Son beaupère, le général Jacqueminot, qui commande la garde nationale, ne l'est pas; il a, aussitôt que cette nomination lui a été signifiée, fait mettre dans le Moniteur qu'il ne recevrait plus. Le général Sébastiani, commandant la 1" division, ne l'est certainement pas non plus; au fait, il n'y a pas de quoi.
iO. — On continue à être fort inquiet du banquet; on dit que douze mille gardes nationaux se réuniront en uniforme à la Madeleine, pour escorter au lieu du banquet M. Odilon Barrot et les députés principaux du banquet. Les douze maires de Paris s'y trouveraient aussi; ce qui serait assez grave. Maintenant, on commence à dire que ce ne sera pas aux Champs-Elysées, mais à Chaillot, qu'il aura lieu. L'opposition n'est pas rassurée, ni le gouvernement non plus : l'opposition, qui ne voudrait pas d'émeute, craint que la ru£ ne soit plus forte qu'elle. On n'ose pas convoquer la garde
nationale, dont l'immense majorité est mal disposée. On ne doute pas que la troupe de ligne ne tire; mais s'il y a de la garde nationale en uniforme devant elle, cela sera une complication. Si on rassemble la garde nationale, on la laissera en bataille devant les mairies.
Le maréchal Bugeaud est guéri de sa grippe. Son ordonnance de commandant des forces de la Seine ne paraîtra qu'au moment de l'émeute. Il n'est pas douteux que le général Jacqueminot en a de l'humeur; au fond le Roi serait bien aise qu'il donnât sa démission pour y placer son toutou Bugeaud, qui le désire vivement; mais, d'un autre côté, comme le général Jacqueminot est beau-père du ministre de l'intérieur Duchc\tel et que ce dernier, qui y est déjà assez disposé, donnerait sa démission, on le craint.
20. — Trente-trois députés conservateurs, se portant fort pour sept autres, ont offert aux députés de la gauche de s'engager à voter contre le ministère dans l'intérêt de l'ordre, si on voulait renoncer au banquet; la gauche a répondu qu'il était trop tard, que cela n'était plus une question de cabinet, mais une question de principes.
21. —' Le banquet a été fixé définitivement à demain mardi :22 février, à midi; il aura lieu sur un terrain situé à l'extrémité des Champs-Elysées, dans la partie qui longe le quartier de Chaillot. Les députés de la gauche se sont réunis, hier à midi, dans leur local ordinaire, place de la Madeleine; il a été rédigé un manifeste, séance tenante, et il a été publié dans les journaux du 21 février.
M. Jac(nieminot, commandant des gardes nationales de la Seine, a, par un ordre du 21 février, rappelé les gardes nationaux à l'exécution de la loi, qui leur défend de se rassembler sans être requis.
Je suis parti de Paris par le convoi de sept heures du soir.
M. Delessert, préfet de police, a fait une proclamation aux habitants de Paris, leur faisant connaître que le gouvernemont a interdit le banquet et les engageant au calme ; elle est suivie d'un arrêté défendant la réunion et le banquet, et d'une ordonnance faisant connaître la loi et les règlements qui