‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 104 sur 206 · CHAPITRE Vin. - JL'ILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin. - JL'ILLET

dent de la République pour faire grdce, que la justice devait

avoir son cours et que, si le procureur général le proposait

sur des charges suffisantes, je les traduirais au conseil de'

guerre.

A trois heures, je suis remonté en voiture. La poste de Bellegrade m'a mené au fort supérieur de lÉcluse. J'y ai trouvé une compagnie et demie du 19- léger. Ces forts défenfendent parfaitement la route de cette gorge. Je suis monté au haut du fort, et j'ai descendu les onze cents marches séparant le fort supérieur du fort inférieur. Les galeries de l'escalier creusé dans le roc sont curieuses; elles m'ont rappelé Gibraltar.

Je n"ai pu arriver qu'à neuf heures du soir à Gex. La ville était illuminée avec quelques chandelles. J'ai entendu trois cris de : « Vive la République! » Ce sont les seuls que j'aie ouï depuis le commencement de ma tournée dans le Rhône et dans l'Ain.

24. - Je suis resté à Gex jusqu'à onze heures du matin M. Leglay, sous-préfet, est fort bien ; il m'a reçu avec beaucoup de politesse.

En sortant de Gex, on monte beaucoup; la vue est magnifique. En se retournant, au sommet du col de la Faucille on voit la vallée, le lac et la ville de Genève. Le haut de la Faucille est à i,323 mètres au-dessus du niveau de la mer. De là on descend, au milieu de gorges entourées de sapins et autres arbres, aux Rousses, où l'on construit un grand fort pour défendre la route de Genève; il y a trois millions de dépensé, lien faudra cinq pour l'achever; il me semble que des travaux en terre bien entretenus auraient suffi pour défendre ce point, le cas échéant. On veut faire un grand dépôt dan. un heu qui est inabordable six mois de l'année. La neï^e y couvre continuellement la terre pendant ce laps de temps; il en tombe pendant huit mois de Tannée.

Des Rousses, je suis venu coucher à Saint-Laurent, chef-lieu de canton, à l'auberge de TÉcu de France.

L'opinion s'améliore dans le Jura, qui avait envoyé de fort mauvais représentants, Richardet et compagnie. On écoute

262 JOURNAL DU MARÉCHAL DE CASTELLANE. avec grand respect mes discours en faveur de l'ordre, et dans toute la journée dhier que j'ai passée dans le Jura, pas un seul cri de : « Vive la République! » n'a été proféré.

25, — Je suis parti de Saint-Laurent à neuf heures du matin.

Je suis tombé de mon haut, en arrivant à Lons-le-Saunier, en Usant une lettre du général d'Hautpoul qui m'ôte les honneurs de général en chef dont je suis en possession depuis trois mois. Le Président de la République m'a dit trois fois, à mon passage à Paris, qu'ils m'étaient accordés, et M. d'Hautpoul me dit bravement que, pendant ma tournée, je ne recevrai que les honneurs de simple commandant de divivision territoriale. Je ne puis retourner à Lyon avec une position inférieure à celle que j'y avais; les choses ne peuvent

rester en cet état.

20. — En conséquence de la belle décision de M. d'Hautpoul, j'arrête ma tournée; au lieu d'aller à Resançon, où l'on m'attend, je vais à Dijon pour y attendre l'autorisation d'aller à Paris, et j'écris au prince Président et au général d'Hautpoul. 29, — Depuis deux jours, je suis à Dijon et je passe inutilement mon temps à l'auberge de la Cloche à attendre la décision du ministre de la guerre. Paris étant hors de mon commandement, je ne puis m'y rendre sans autorisation et sans manquer à mes devoirs.

Le courrier m'a apporté aujourd'hui la décision de M. d'Hautpoul. d'après laquelle les honneurs de général en chef me sont maintenus. Avec un peu d'obligeance, il aurait pu me la faire parvenir dès hier par le télégraphe, mais le fait est qu'il a la

main forcée.

\\ m'importait de conserver les honneurs de général en chef. que m'avait accordés M. le Président de la République: le contraire eût affaibli mon pouvoir moral, et il m'eût été bien difficile de me représenter devant les troupes de mon commandement, sans porter atteinte à ma considération personnelle, avec des honneurs moindres que ceux qu'elles m'avaient

déjà rendus.

Je suis parti de Dijon à neuf heures et demie du matin, je

suis arrivé à Auxonne à midi.

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31. — J'ai passé la revue des pontonniers. J'ai parié aux officiers et aux sous-officiers; depuis la revue du générai Laplace et le renvoi de quelques mauvais sujets, il n'y a plus eu de symptômes de mauvais esprit dans ce régiment. Le colonel est ferme; il y a lieu d'espérer que ce corps marchera bien maintenant. J'ai quitté Auxonne à dix heures du matin.

i" aoùl. — Je suis arrivé près de Gray à une heure de l'après-midi. Le lieutenant-colonel Ginesty et les officiers du dépôt étaient venus au-devant de moi. Au moment où je suis monté à cheval, le vent s'est élevé, la tourmente a grossi, et nous nous sommes trouvés au milieu d'une trombe de pluie et de grêle. Les chevaux tendaient la croupe et ne pouvaient pas avancer. Au bout d'un quart d'heure, nous avons pu continuer au milieu de ce torrent. J'ai été bien reçu et bien mouillé à Gray.

2. — Parti de Gray à neuf heures du matin, à deux heures je suis arrivé à Langres, ville de huit mille âmes. J'ai trouvé à la porte de la ville le préfet de la Haute-Marne, M. Combe- Sieyès, le sous-préfet, de Champvans, le maire, les officiers de la garde nationale; il y a eu échange de discours. J'ai trouvé en bataille le 21« de ligne et le dépôt du 14« léger. Grand dîner chez le sous-préfet. Après le festin, j'ai été au bal qui m'était offert; le curieux est qu'il y avait au milieu un écusson où on lisait : « La ville et la garnison de Langres au général comte de Castellane, commandant supérieur des 5« et6« divisions »; audessous ma devise : « Plus d'honneur que d'honneurs », et nous sommes en république ! D'autres écussons portaient le nom des batailles, ou du moins des principales, où je me suis trouvé; il y avait des trophées.

Les officiers du 21» de ligne et du 14" léger avaient beaucoup travaillé à l'ornement de la salle avec des calicots blanc et de couleur et des glaces. La musique du 21" formait l'orchestre; il y avait de jolies femmes. Ce bal était fort bien et bien ordonné; il était offert de grand cœur. Beaucoup de gens en deuil ne pouvant y venir y avaient souscrit. La grande majorité à Langres est conservatrice.

3. — De Langres, je me suis rendu à Chaumont, où j'ai été bien accueilli; la population se pressait autour de moi, tout le monde ôtait son chapeau.

A six heures il y a eu un banquet de deux cents personnes dans la salle de spectacle, où assistaient des délégués des cantons de tout l'arrondissement; on avait mis une grande inscription au milieu de la salle, ainsi conçue : « La Haute- Marne au général de Castellane. »

4. — J'ai quitté Chaumont à huit heures et demie du matin pour Vesoul.

5. — Je suis obligé de partir, ayant reçu en entrant à Vesoul la nouvelle de l'arrivée du Président de la République, qui sera le 12 à Dijon et le 14 à Lyon. Je pars, en conséquence, demain pour Besançon et Lj^on, ayant l'ordre de m'y rendre et d'être de retour à Dijon le 12.

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