CHAPITRE VIII. — AOUT
MAcon; il arrivera le 15 à dix heures du matin, alors il fera son entrée. Je repars demain pour Dijon.
12. — J'ai passé ma journée à recevoir et à rendre des visites. Le Président de la République est arrivé à neuf heures et demie du soir. J'avais retardé la retraite pour que les honneurs lui fussent rendus. Le prince Louis-Napoléon, lorsque je suis arrivé auprès de la calèche, m'a tendu la main, et M. d'IIautpoul, qui était à sa gauche, s"est levé, puis s'est précipité pour me la donner par-dessus la tète du Président de la République. Il y a eu beaucoup de cris de : « Vive la République! » et de plus mauvais; il y a eu aussi des : t Vive Napoléon ! » mais peu nombreux. Les édifices publics étaient illuminés, une partie des maisons aussi; le Président m'a fait rester à souper avec lui.
14. — Le prince est parti de Dijon à huit heures du matin, par le chemin de fer; nous avons trouvé partout, sur notre passage, les gardes nationaux sous les armes et une nombreuse population. Nous étions à dix heures à Chalon; le Président y a passé la revue des troupes et d'une foule de gardes nationaux des environs; le pompier dominait. Il y a eu beaucoup de cris de : « Vive la République! » et de « Vive Napoléon ! » Pour une ville d'une aussi mauvaise réputation que Chalon, le prince y a été bien accueilli.
Nous nous sommes embarqués à midi sur le bateau à vapeur; le quai était couvert de peuple; sur toute la ligne de la Saône, les populations et les gardes nationales étaient en bataille au devant de leurs villages. Nous sommes arrivés à Màcon à trois heures et demie.
Le prince a passé, en débarquant, la revue de nombreuses gardes nationales des campagnes et de celle de la ville. Cette dernière en défilant a crié : « Vive la République! » celles des campagnes criaient : « Vive Napoléon ! »
lô. — Nous sommes partis à six heures du matin par le bateau à vapeur l'Iliromlelle.
Les populations du rivage se portaient sur le bord de la rivière pour voir le Président; à tous les débarcadères, les municipalités venaient haranguer, accompagnées de leurs
gardes nationales, parmi lesquelles le pompier domine.
A dix heures et demie du matin, le Président est entré dan^ Lyon. Les troupes bordaient la haie; l'artillerie de la place a fait les trois salves. Les troupes étaient nombreuses et magnifiques; il y a eu des cris de : « Vive la République ! Vive Napoléon! » L'aftluence était énorme; toutes les fenêtres étaient garnies de femmes.
Nous avons d'abord été à la cathédrale entendre la messe. Le cardinal, en rouge, attendait avec son clergé le Président à la porte de l'église. L'entrée a été belle. Le Président a visité les hôpitaux; il y a eu un dîner de deux cents personnes à l'hôtel de ville. Le toast de M. Réveil, maire, a été très bien. Le Président a lu sa réponse, qui a eu un grand succès. J'étais à table à côté de M. de La Marmora, ministre de la guerre de Sardaigne, envoyé par son souverain à Lyon pour féliciter le Président. Je l'avais vu à Perpignan, il y a quelques années, alors qu'il revenait d'Afrique, étant capitaine d'artillerie. Après le festin, il y a eu un grand bal à l'hôtel de ville; le Président n'y est pas resté longtemps. Il y avait une foule énorme.
16. — Le Président a été voir deux fabriques et l'école, de la Martinière, due à un M. Martin de Lyon qui a fait une immense fortune dans l'Inde; il a laissé plusieurs millions à sa ville natale. Pendant toutes ses courses dans Lyon, je suis placé dans la calèche du Président, à côté de lui, à sa gauche; le préfet du Rhône, commissaire extraordinaire, est sur le devant, vis-à-vis du Président, et sur le devant, vis-à-vis de moi, le maire de Lyon, Réveil.
Nous avons été à un déjeuner monstre de mille personnes donné par le petit commerce de Lyon. On avait invité un sergent, un caporal et un soldat par régiment, ce qui était assez déplacé; mais cela s'est bien passé. M. Vachon, bâtonnier de l'ordre des avocats de Lyon, homme très capable, présidait; il a porté la santé du Président, qui lui a bien répondu. M. Vachon m'a dit qu'on avait aussi arrêté de porter la
mienne, mais les ministres ont trouvé que ce n'était pas
convenable, et ils ont eu raison. On ne doit, d'après le décret.
CIIAPITRK VIII. — AOUT 1850. 267
dhonneurs à personne vingt-quatre heures avant et vin.irtquatre heures après l'arrivée de l'Empereur, et ce sont ces honneurs qu'on lui a rendus. Le prince Napoléon m'en a parlé lui-môme, m'a dit qu'on voulait porter ma santé, et que c'était une preuve des bonnes dispositions dans lesquelles on était pour moi.
Le jardin d'hiver, où l'on donnait ce festin, est couvert de vitrages. Ce dîner était un fort beau spectacle.
A midi, il y a eu grande revue; les troupes étaient rangées sur les quais du Rhône, de la Saune, et sur la place Bellecour.
Après que le Président a eu passé devant le front des troupes sur les quais, il est revenu à la place Bellecour, où j'avais fait venir un peloton par régiment, avec les drapeaux, pour qu'ils soient présents à la réception des nombreux décorés de la Légion d'honneur. J'ai reçu ces derniers, et ensuite le défilé a eu lieu. Cette revue a été magnifique; il y a eu un concours de peuple immense.
J'ai oublié de dire qu'à la revue j'ai donné, pour la première foi? de ma vie, des coups de plat d'épée à un prêtre, à l'abbé Sève, aumônier de l'hôpital militaire; il a voulu être reçu avec les officiers.
Le Président s'est rendu à la Croix-Rousse.
Chez M. Aubertier s'est trouvé une Mme Fritz, femme d'un ouvrier condamné pour les événements de Juin. M. Aubertier s'y intéressait, le conseil des prud'hommes avait donné un avis favorable. Le Président lui a accordé la grâce de son mari et, de plus, lui a fait donner trois cents francs, ce qui a produit un bon effet à la Croix-Rousse.
Nous sommes ensuite redescendus; nous avons été au Musée, où le Président a inauguré l'administration de la caisse de secours des ouvriers. Le ministre Dumas a d'abord fait un discours, le Président en a lu un fort bien, puis il a distribué quelques médailles à son effigie frappées à cette occasion; j'en ai eu une.
Nous avons ensuite été à un beau banquet donné par la chambre de commerce à l'hôtel de ville; le toast au Président
et sa réponse ont été bien, puis le Président a été au spectacle, il a été applaudi: de là au cercle du Commerce, où le présisident Goiran l'a reçu; ensuite chacun est rentré chez soi.
J7. Xous sommes partis à neuf heures et demie de Lyon.
La ^arnison était sous les armes : il y avait une grande affluence de population. Trois salves d'artillerie de la place ont salu. la sortie du Président, qui a été fort belle.
Sur toute la route les populations se présentaient, leur maire en tète et la garde nationale sans armes, presque toutes étant désarmées depuis l'état de siège. Dans le Jura, nous n'avions pas cet avantage: elles avaient des fusils. Là. comme dan? TAin, le pompier^dominait; le casque leur plaît.
et ils se le passent.
Nous sommes arrivés à trois heures et demie à Bourg, où est le dépôt du 33' de ligne. J'y avais fait venir de Màcon deux compagnies d'élite du 4-4' léger et un escadron de lanciers: il y avait une foule de gardes nationales des campagnes, et il y a eu beaucoup de cris de < Vive Napoléon! » Je crois que nous ne serions jamais sortis du défilé si je n'avais pas pris le commandement.
Nous sommes repartis à cinq heures du soir et nous somme ^ arrivés à Lons-le-Saunier, chez le préfet, M. de Vincent, à dix heures du soir. Mme et Mlle de Vincent ont fait les honneurs du festin; nous avons été à un bal à la salle de spectacle, il
était fort bien.
18. — Aujourd'hui dimanche, nous avons été à la messe, l'évèque de Saint-Claude, qui a plus de quatre-vingts ans, s'était rendu à Lons-le-Saunier et a fait un discours au Président à l'entrée de l'église. Il y a eu revue des troupes sur la promenade, distribution de croix, etc.
M. de Vincent a grande envie d'être préfet de Lyon, mais il crie par trop fort derrière le Président : « Vive Napoléon ! » pour faire crier le peuple: cela n'est pas très convenable.
Nous sommes partis à onze heures du matin, nous étions à Dôle à deux heures et demie. Le Président est monté à cheval, à l'entrée de la ville, et a été passer la revue du régiment de pontonniers. Dans le Jura et dans le Doubs. il y a partout