‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 108 sur 206 · CHAPITRE Vin. - SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin. - SEPTEMBRE

1- septembre. - J'ai quitté Saulicu à huit heures du matin • :„nrcé "' ' ''"' ""'^ ""''' " •^"'""' --""^ i« ''«vais Je suis descendu à lévêché, ou Mgr d'Iléncourt, prélat annable très respectable et très respecté, avait ),ie; voulu m offnr l'hospUalité; il a débuté par être mousquetaire .so la Restauration J'ai trouvé chez lui Mgr Mathieu, archevêque de Besançon; ,1 est curieux pour moi d'hab.ter ce paL ep.scopal, mo, qui ai tant connu le prince de Talleyrand

A cote de moi, à table, au diner de trente personnes que ma donne le sous-préfet, M. Jleulard de MontLy, se trouvait son père, ancien président de la chambre^ de la Cour an! le mf ",;'"' ' -ixante-d.x-huit ans. Élevé à Au un M dp M rr ^»"' ""' *'• •'°^^P'^ ^o.,p,,i,, placé par M. de Marbeuf au collège des Oratoriens d'Autun, il est toujours resté en correspondance avec lui tant qu'il a vécu M de Mont,gny a reçu en 1789 un prix des mains de M. de Talleyrand, evêque dAutun; il m'a raconté qu'il le lui avait ecnt orsqu'il était dans les grandeurs et quu'ne pensait plus a sa prêtrise; il en avait reçu une lettre aimable

Nous avons été à un magnifique bal par souscription où il J ava cinq cents personnes et des femmes fort agréables. du^élT"';r"'' ""= '"■' ^"'°"'^"'' Changarnier, sœur

de fort ie ' '""■°" '""^"'"'^ ''''■ " >■ --^'t à ce bal de fort jolies personnes non seulement d'Autun, mais des

bateaux et villes environnants. Le maire et les commissair ont ete avec moi d une extrême politesse et n'ont voulu commence ,e bal qu'avec mon agrément, etc. Jai fait le lour u ba et j a. parlé à toutes les femmes. Il y a bonne compagnie a Autun; la société y est légitimiste. Ma réception dans c^t \ ille n'a rien laissé à désirer.

rel-7a?rnr'"';'ï'"" " ""' '''"'' ^' l'après-midi pour me rci lie au Creusot. La population ouvrière n'a pas poussé un

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J'ai visité les vastes ateliers de la Compagnie Schneiderelle emploie encore en ce moment quatre mille cinq itû;

ouvriers dans les usines et dans les mines. On avait recommencé aujourd'hui à travailler dans certains ateliers douze heures par jour, ce qui ne s'était pas fait depuis le gouvernement provisoire; ce changement s'est fait tranquillement.

Les premiers bâtiments ont été construits en 1780, sous Louis XVI; ils ont plus que triplé depuis 1837.

M. Schneider, principal propriétaire de TétabUssement, est revenu exprès du conseil général, où il était à Màcon, pomme recevoir. Il m'a donné un fort beau dîner et m'a offert l'hospitalité. La maison qu'il habite a été bâtie par Marie- Antoinette pour la cristallerie qu'elle avait créée.

3. — J'ai quitté le Creusot à neuf heures et demie du matin, et j'ai continué ma tournée officielle par Chalon et Mâcon.

4. — A Mâcon, à l'arrivée du bateau, un bataillon du 14« léger et le dépôt du 49« de ligne battaient aux champs et présentaient les armes, le canon se faisait entendre, et le quai auprès du débarcadère était couvert de monde; tout cela faisait un fort bel effet. Le préfet Pierre Leroy m'attendait sur le ponton du débarcadère avec le maire Carteron.les adjoints, les officiers supérieurs de la garde nationale et d'autres fonctionnaires. Nous sommes montés sur le quai, la haie était bordée par les pompiers, qui sont toujours l'escorte d'élite des municipalités.

Le capitaine de cette compagnie, vieux soldat, m'a reconnu. Il était en décembre 1804 caporal de carabiniers à la. première compagnie du 5» léger, lorsque je suis entré dans ce régiment. Je lui ai donné la main devant sa troupe, comme à un ancien camarade ; cela a fait un fort bon effet. Le préfet Leroy, toujours obligeant et toujours attentif à ce qui peut relever le pouvoir, m'a remis en débarquant une croix envoyée à un ancien soldat de l'Empire. J'ai fait battre un ban et jr lui ai administré, à sa grande satisfaction, les coups de plat d'épée, devant les troupes sous les armes.

Nous sommes montés à cheval; les troupes ont défilé, puis accompagnés du préfet, des ofliciers supérieurs de la gard<^ nationale et de la gendarmerie, nous avons traversé proce^sionnellement la ville. Presque tout le monde saluait; il n'y a

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eu que quelques rares cris de : . Vive la Uépublique ,' . sur le port. Ma réception a ét<! très bonne.

M.ne Leroy, mère du préfet, m'attendait à la préfecture. J'ai reçu les différentes visites de corps ; les officiers de la -arde nationale, après le discours que je leur ai fait, m'ont a°«uré avec effusion de leur loyal concours. Nous sommes en -rand progrès vers l'ordre dans Saône-et-Loire; le préfet Lero/rend de véritables services.

M. de Lamartine, président du conseil général, était en séance; il 1 a quittée pour me rendre sa visite. Son empressement a été remarqué; je l'en ai remercié. .Je n'ai pas pu m empêcher de lui dire que mon activité proavait qu'il avait eu tort de me mettre à la retraite, lors du gouvernement provisoire ; il m a dit que c'était une chose contre laquelle il avait protesté. Je sais bien, moi, qu'il n'a pas dit un mot et qu'il a signe très agréablement; mais c'était une politesse qu'il était convenable quej'acceptasse. Je me suis empressé de lui rendre sa visite.

M. de Soultrait, receveur général, m'a donné un dîner de rente personnes. J'étais à la droite de Mme de Soultrait M. de Lamartine, comme président du conseil général, était a sa gauche; cet ancien membre du gouvernement provisoiro a été très déférent pour moi. Comme je n'ai pas de rancune du mal qu il m a fait, plus par faiblesse que par méchanceté, je lui a. promis deux chiens de mes lévriers de Syrie; il les enverra chercher a Lyon, m'a-t-il dit, à mon premier avertissement II a pour un million huitcent mille francs de biens àses châteaux de Monceaux, Saint-Point, qu'il m'a dit avoir appartenu à mon grand-pere, ce qui est vrai. Il a sur ses terres pour plus d'hvnotheques qu'elles ne valent, mais il n'est pas dans lintérêt de ses créanciers de l'exproprier; tant qu'il vivra, ils espèrent toujours qu'il les payera avec le produit de son talent. Il part demain r,, avec Mme de Lamartine, pour l'.Angleterre. afin d'v chercher des fonds pour l'exploitation des dix-sept mille hectares qu'il possède près de Smyrne, grâce à la munificence ■". Orand Turc. Il vient de visiter cette concession ; il en fait le plus bel éloge, prétend que les prêteurs, auxquels il donnera

un intérêt dans l'entreprise, doubleront leur capital; il n'a pu persuader à cet égard les prêteurs français, il espère être plus heureux avec les prêteurs anglais. M. de Lamartine compte rester six jours en Angleterre, aller également en passer six dans le Loiret pour visiter ses électeurs, puis revenir dans sa

terre.

J'ai trouvé M. de Lamartine changé et vieilli. Une désespère pas cependant de sa position; il disait, il y a deux mois : « Après le président actuel, ce sera Victor Hugo pendant quatre ans, et ensuite moi, toujours. » Il modifie sa politique. Il s'est montré moins hostile au conseil général; pour certains mauvais votes il s'est même abstenu.

5. Je suis parti à huit heures du matin de Màcon avec le préfet, M. Leroy; il tenait beaucoup à ce que je me rendisse à Cluny, ville de cinq mille âmes qui passe pour ce qu"il y a de plus rouge dans Saone-et-Loire. Beaucoup d'habitants possèdent des biens de l'ancienne abbaye, et on leur persuade que, si la monarchie revenait, ils en seraient dépouillés. J'ai été parfaitement accueilli à Cluny; il n'y a pas eu un seul cri de : « Vive la République! » On se pressait autour de nous, et le préfet se félicitait bien de m'avoir fait venir dans ce lieu, célèbre par l'ancienne abbaye.

Nous sommes arrivés à Charolles à quatre heures de l'aprèsmidi; le maire, Guichard, avocat distingué, m'a fait un excellent discours à la tête des délégués de l'arrondissement, parmi lesquels on comptait les plus riches propriétaires, tels que le marquis de la Guiche, MM. de Tournon, de Chabrillan, etc.

0. — Jai quitté Charolles à huit heures et demie du matin, fort satisfait de la manière dont j'y ai été traite: je suis arrivé à Uoannc à dix heures.

Je suis descendu à la sous-préfecture, où on m'a offert un dîner par souscription ; il y avait cent personnes. Le souspréfet, M. Ducos. est fort bien; le maire, M. Imbert, très conservateur, ancien chirurgien d'armée, était avec M. de Narbonne à Torgau. Le Président lui a donné la croix à son passage à Lyon ; ils m'ont témoigné leurs regrets d'avoir été prévenus trop tard, ils auraient voulu faire mieux.

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