Une descente de justice faite chez le traiteur Borel
appelé la « mère des compagnons », a amené la découverte
d'un complot auquel des renseignements parvenus de points
différents et éloignés me donnaient lieu de croire. J'en av;
fait part au procureur général de Lyon. Cette descente ûc
justice a amené la saisie de lettres adressées à Cent, l'ex-con-
stituant. On lui parle d'une réunion qui vient d'avoir lieu à
Valence; on lui dit : « Vous savez à quel effet'? » On lui parle
avec enthousiasme de cette réunion et on lui dit : « Il vous
était donné de sauver la démocratie. Honneur à vous! vous
l'avez sauvée, la révolution va s'opérer, le combat va donc
CHArMTRE IX. - OCTOf{HJ« 18:iO.
s'engager; nous sommes prêts, nous devons à tout prix éviter l'ahimc que nos ennemis creusent sous nos pieds. Vous êtes investi d'un pouvoir puissant, unique. Tout pouvoir hardi fait tomber les têtes... En avant, en avant! telle doit être notre loi... »
Un mandat d'arrêt est lancé contre Gent; il n'a pas pu être encore arrêté.
24. — Le commissaire spécial de police de la préfecture n'ayant pas pu, depuis hier cinq heures du soir, découvrir Gent, j'ai donné l'ordre au commissaire central, à dix heures ce matin, de l'arrêter. Une demi-heure après, il était en prison.
J'ai donné des instructions au général Gueswiller, commandant la 5' division, et aux autres officiers généraux sous mes ordres, leur prescrivant que, si des troubles éclataient sur plusieurs points à la fois, ils fassent la part du feu. Pas de petits paquets. Qu'ils organisent des colonnes assez fortes pour anéantir d'abord la révolte sur un point, puis qu'ils les portent successivement sur les autres. Je leur dis d'aî?ir avec la dernière vigueur, les prévenant que probablement les autorités civiles réclameront des troupes sur tous les points, qu'il y aurait danger à céder à leurs sollicitations, qu'il faut avant tout ne pas disséminer les troupes. Je leur prescris de me tenir exactement informé des événements, afin de pouvoir diriger les forces dont je dispose, d'après l'ensemble de la situation.
Le représentant de Bruys a renouvelé le 17, aux réfugiés qui sont à Genève, les assurances données précédemment par Oent, de l'imminence d'une prise d'armes en France, à la rentrée de l'Assemblée. Il a dit que le mouvement n'éclatera m à Lyon ni à Paris, à cause de l'agglomération des troupes, mais que les populations rurales et celles de la plupart des villes manufacturières sont prêtes à se soulever sur tous les points à la fois.
26. — La situation de Saint-Étienne est alarmante; les hommes de désordre semblent prêts. Les masses ouvrières se lèveront à un signal convenu dans tout l'arrondissement.
Saint-Étienne seul peut fournir cent mille combattants. Une fois le combat engagé, ils lutteront avec acharnement. Leur genre d'industrie leur permet de se procurer des armes. Il y a à Saint-Étienne sept cent vingt-deux cafés ou cabarets, chaque soir sept cent vingt-deux réunions. Là, dix ou douze ouvriers traitent, en buvant, les questions politiques et se transmettent les mots d'ordre. Il a été et il est toujours question d'un soulèvement pour le 12 novembre.
J'ai été étonné de lire dans les journaux de Paris que la découverte du complot par suite de laquelle Gent a été arrêté était due aux avis de M. le préfet de police de Paris. Je n'ai, pas plus qu'aucune des autorités civiles et judiciaires de Lyon, reçu le moindre avertissement de ce magistrat.
4 novembre. — Paris a été tout en émoi ces jours-ci par suite du remplacement du général de division Neumayer, dans le commandement de la 1" division militaire, par le général Carrelet. On dit que l'Elysée a voulu par là attaquer le général Changarnier dans la personne de son lieutenant, parce qu'il a défendu à Tinfanterie de crier à la dernière revue de Satorv Le général Changarnier a défendu le général Neumayer, ce qu'on ne conçoit pas à Lyon, où en février il a fait preuve de grande faiblesse. On a avancé le général Neumayer en le faisant commandant supérieur des 14" et 15* divisions, position qu'en conscience il ne pouvait guère espérer et qu'il refuse cependant. Général de division par Gavaignac, nommé commandant de la 1" division par Gavaignac, il est curieux que les choses se soient arrangées, et qu'il soit maintenant défendu par le général Ghangarnier. Peu s'en est fallu que cette affaire n'amenât un conflit entre la commission de permanence et le Président, et ne fît convoquer immédiatement l'Assemblée.
Au fond, le Président déteste le général Ghangarnier. Ce dernier ne le chérit pas, et se croit peut-être (quoiqu'il ait une grande puissance sur l'opinion) plus fort qu'il ne l'est. Il aurait tort de s'ériger en compétiteur du Président; la lutte ferait du mal au chef de l'Ktat, mais tournerait probablement à son avantage, et le général Ghangarnier serait étonné, au bout de