‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 122 sur 206 · CHAPITRE IX. — DÉCEMHHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. — DÉCEMHHE

(|uelque temps, de se voir délaissé par beaucoup de ^ens qui, le croyant en ce moment très puissant, sont à ses pieds.

8. — Les démocrates, à Lyon, regardent Genève comme le foyer d'où rayonne le socialisme. Les réunions dans les lieux publics sont abandonnées aux chefs secondaires de la sociale. Dans les cafés et cabarets de la Croix-Rousse, les rouges débattent la question de la prorogation des pouvoirs du Président; la majorité est contre. L'insurrection est toujours à l'ordre du jour. Les « Voraces » disent maintenant que personne ne bougera sans que Paris ne se soit soulevé et n'ait résisté pendant deux jours.

19. — Les chefs des « Voraces » ont adressé, le 17. une lettre au comité révolutionnaire de Paris; ils se plaignent de ce qu'on les leurre d'un prochain mouvement sans en donner jamais le signal. Ils lui disent que, placé comme il est, le comité doit connaîtrez faiblesse ou la force de la démocratie; que s'il est sûr de sa force, il y a lâcheté à reculer toujours^ et qu'au contraire, si elle est faible, il y a déloyauté à pousser en avant les socialistes lyonnais qui ont eu la sottise de croire à leurs paroles. A la fin de la lettre, les « Voraces . expriment le vœu que le courage revienne au comité révolutionnaire pour qu'il engage la lutte le plus tôt possible.

28. — La démocratie du Midi, un moment surexcitée par les projets d'insurrection de Gent et consorts, est retombée dans son état normal. Elle conspire toujours, — c'est sa vie, — mais elle ne parle plus d'une prise d'armes immédiate.

Le parti des . Invisibles », déconsidéré à Lyon par l'immoralité de Gent, a voulu se réhabiliter par le ch Jix d'un nouveau chef; ils ont nommé M. Chevassus, marchand d'ornements d'église. C'est un néophyte de Gent, et il est fort ardent, comme tout nouveau converti.

y- décembre. — Les soldats vont très peu dans les cabarets où il y a des ouvriers; loin de les rechercher, ils les évitent. Les jours où les ouvriers vont particulièrement au cabaret, il y a moins de soldats; cela a été remarqué. L'esprit des troupes est généralement très bon à Lyon. Sur une masse d'hommes Il est impossible qu'il n'y ait pas d'exceptions; l'important est

de les connaître pour couper court aux menées des démocrates en faisant des exemples de ceux qu'ils séduisent.

S, — On forme à Lyon une nouvelle société secrète fondée sur le modèle de l'ancienne « Société des saisons ». Le comité supérieur et dirigeant se compose de cinq fondateurs; chacun d'eux initie cinq individus qui ne connaissent que lui et qui reçoivent ses instructions. Ces vingt-cinq individus suivent la même marche, et chacun d'eux choisit également cinq autres initiés, et ainsi de suite, ce qui établit une filière non interrompue de cinq en cinq personnes inconnues les unes aux autres. Chaque initiateur connaît seulement la série des cinq dont il fait partie et la série des cinq initiés dont il est le chef. On n'écrit rien ; une cotisation de vingt-cinq centimes par mois est destinée à l'achat ou à l'impression de petites feuilles socialistes que chaque membre s'engage à répandre.

Voici de nouveaux détails sur la société de la < Nouvelle Montagne ». Cette société fut fondée à Paris le 5 mars 1848 par Ledru-Rollin, Barbes et Blanqui. La première décurie fut composée d'hommes intelligents, ayant une inHuence réelle sur les ouvriers. Un grand nombre de décuries d'ouvriers furent promptement formées dans la capitale. Des succursales furent établies dans le département de la Seine et dans ceux voisins. Malgré le zèle des émissaires, la société eut peu de succès. L'organisation de la t Nouvelle Montagne » ne fut pas alors tentée à Lyon, parce qu'en essayant de l'y introduire, on aurait désorganisé les sociétés des « Charbonniers ». de^ « Voraces » et des « Droits de l'homme » , sur lesquelles la « Montagne » pouvait compter.

Lorsque les événements de juin 48-49 eurent fait évanouir les espérances sur les insurrections de Paris et de Lyon, dent vint s'installer dans cette dernière ville. Il tenta d'introduire la « Nouvelle Montagne » sous le titre de « Solidarité républicaine ». 11 échoua; il ne parvint à constituer autour de lui qu'un petit nombre d'adeptes qui s'agitaient dans l'ombre, ce qui leur a valu de la part des Charbonniers le nom d' « Invisibles » qui leur est resté. Plus heureux dans les départements de l'Isère, de la Drôme et de l'Ardèche, Cent y organisa la

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