CHAPITRE IX. — DKCP:MBRE 1850. d
« Nouvelle Montagne b, puis, avec l'aide des sieurs Montanier et Ode d'Uzès (dans le Gard), il acquit à cette société de nombreux adhérents. Elle s'étendit de là dans les Bouches-du- Ilhône, le Varet les Basses-Alpes. Gent a été le véritable organisateur du Midi. Le but de la « Nouvelle Montagne » est le partage des propriétés; chaque initié jure de ne reculer devant aucun sacrifice pour atteindre ce but, d'être prêt à tout pour satisfaire la légitime vengeance du peuple et pour parvenir à la rénovation sociale.
lô. — Les journaux piémontais sont très violents. Au milieu de la tourmente, le roi de Sardaigne continue sa joyeuse vie de sous-lieutenant, beaucoup plus préoccupé de ses sujettes que de ses sujets.
Le nonce du Pape, Mgr Garibaldi, que j'ai connu, il y a huit ans, à Paris, est venu dîner chez moi. C'est un homme d'esprit que j'ai été charmé de retrouver. Il était nonce à Naples, et il retourne avec plaisir à Paris, où il était aimé. Cette fois-ci, il arrivera justement pour haranguer au nom du corps diplomatique, le jour de l'an, le Président de la République, comme il haranguait le roi Louis-Philippe. J'avais prié le cardinal de Bonald; comme c'est son second refus, il a cru devoir me dire qu'il n'avait pas été chez le préfet, et qu'il ne dînait jamais chez personne.
J'ai prié Mgr Fransoni, archevêque de Turin; il a été, lui, fort reconnaissant de mon invitation.
17. — A Dijon, les forces du parti conservateur et celles de la démocratie paraissent égales. Le socialisme dans les campagnes environnantes ne compterait que peu d'adhérents. La démocratie de Dijon a peu de rapports avec celle de Lyon. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que les ventes de « charbonniers » y fonctionnent avec l'autorisation du préfet de la Côte-d'Or. Tant que la « Charbonnerie » bourguignonne n'a été qu'une variété maçonnique basée sur le christianisme, dont saint Thiébault a été le restaurateur et qui comptait François I" parmi ses protecteurs, cette autorisation était sans inconvénient. Il n'en est plus de même aujourd'hui. En dehors des ventes officiellement reconnues, les < charbon-
niers » démocrates ont des réunions particulières dans lesquelles on s'occupe exclusivement de politique. Ces ventes clandestines correspondent avec les autres ventes de France qui professent le républicanisme dont 93 est le type.
Dole, ville très démocratique, compte trois ventes de « charbonniers « ayant chacune de quatre-vingts à cent membres; la « charbonnerie » y est autorisée comme à Dijon. (J'ai écrit à ce sujet au préfet du Jura.) Cette « charbonnerie » émet publiquement des bons de cinquante centimes et de un franc qui sont reçus chez les marchands débitants et qui sont remboursables le second dimanche de chaque mois. J'ai envoyé une copie de ces bons au ministre de la guerre dans mon rapport numéro 51 du 13 octobre. La « charbonnerie » de Dôle est en correspondance avec les « Invisibles» de Lyon; elle doit dans une quinzaine de jours leur envoyer trois délégués pour se mettre en rapports plus intimes avec eux et recevoir leurs instructions.
19. — Le 16, il 3' a eu à Saint-Just une réunion de soixante individus ayant appartenu au commencement de la République aux « Voraces », aux « Ventres creux > et aux « Vautours ». Leur but était la reconstitution de leur société sous le nom d' « Enfants de Lyon » .
22. — Une députation de trois personnes notables de Turin, présidée par le chevalier de La Marmora, frère du ministre de la guerre de Sardaigne, qui est d'une opinion opposée à la sienne, a apporté à Lyon, à Mgr Fransoni, une magnifique crosse, richement sculptée, produit d'une souscription faite à Turin.
Mgr Fransoni vit à Lyon retiré; il est fort satisfait des marques de respect dont il est l'objet dans cette ville religieuse. 31. — J'ai reçu à deux heures, le 31 décembre au lieu du 1" janvier, les différents corps d'officiers des troupes de la garnison.
J'ai fait entrer successivement chaque corps d'officiers, et j'ai fait à chacun un discours; puis ils ont ensuite défilé devant moi un par un, les chefs de corps nommant les officiers ; cela a duré deux heures.