‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 124 sur 206 · CHAPITRE IX — JANVIKH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX — JANVIKH

9 janvier. — Beau festin de quarante-deux personnes chez M. Réveil, maire, à l'Hùtel de ville. J'y ai été fort entouré; chacun m'a fait compliment de la manière dont j'assurais la tranquillité à Lyon et sur l'influence que j'avais acquise sur la population. M. Martin, ancien député sous Louis-Philippe, m'a raconté que, se trouvant le matin au milieu d'un groupe qui m'attendait, suivant l'usage, à la sortie d'une visite, il avait entendu les ouvriers s'écrier : « Voilà un brave homme, énergique; il est très bon. » Dans tous les quartiers où je rends les visites, il se forme des rassemblements comme à la sortie du Président de l'Elysée, puis à ma vue tout le monde ôte son chapeau ou sa casquette.

J'ai eu soin de rendre les visites à tous les chefs de corps, d'administration, de congrégation, d'académie, aux sociétés d'agriculture, d'éducation et autres, qui à Lyon sont très nombreuses; j'ai rendu aussi des visites à toutes les femmes qui ont mis des cartes chez moi.

La crise ministérielle qui a lieu actuellement inquiète beaucoup à Lyon; on voudrait la prorogation des pouvoirs du Président, ce à quoi l'Assemblée ne semble pas disposée. La guerre est entièrement déclarée, d'après les journaux, entre le Président et le général Ghangarnier. Ce dernier a été trop étourdi par son pouvoir et par son influence sur l'Assemblée, qu'il a crue supérieure à celle du Président: on croit maintenant qu'il sera remplacé. Il est très fâcheux qu'il n'ait pas pu se maintenir en bonne intelligence avec le Président.

il. — La véritable cause de la démission des ministres, c'est qu'ils n'ont pas voulu signer la destitution du général Ghangarnier, à laquelle le Président tient avant tout. Il a été profondément blessé de l'ordre donné par le général Ghangarnier à son adresse, défendant aux troupes de crier sous les armes. L'attitude de cet officier général vis-à-vis de la commission de permanence pendant le voyage du Président lui a aussi

déplu. Le général d'Hautpoul n'a rien négligé non plus pour tout envenimer et pour exciter le Président contre le général Changarnier. Celui-ci a trop compté sur Tefficacité de l'appui de l'Assemblée; sa révocation est dans les droits du Président. 12. — L'esprit de Tarmée de Lyon, daprès l'ensemble des rapports du mois de décembre, est parfaitement bon. Les corps d'officiers rejettent la politique loin de leur conversation; les sous-officiers et les soldats, à l'exemple de leurs chefs, agissent de même dans les lieux publics. On remarque que les cafés et cabarets où se réunissent dans la semaine les officiers ou les soldats, sont abandonnés par eux les jours fériés, quand les bourgeois affluent dans ces établissements. L'ordre donné aux officiers de tous grades d'être constamment en uniforme a d'abord excité les murmures d'un certain nombre d'entre eux: il a été grandement applaudi par les sous-officiers et soldats. Aujourd'hui, à peu d'exceptions près, les officiers conviennent qu'il est un bienfait. Le costume bourgeois entraînait à des dettes; c'était le manteau dont se couvraient les joueurs, les ennemis de l'ordre et les libertins; les fournisseurs, d'abord contrariés de cette mesure, reconnaissent que depuis qu'elle est en vigueur les officiers acquittent plus exactement leurs dettes.

Un fait qui mérite de fixer l'attention, comme garantie de l'esprit du soldat, c'est l'empressement des sous-officiers et soldats à se rendre dans les églises de Lyon et de la banlieue. Plusieurs fois la semaine, ils vont dans un ordre parfait écouter des sermons entièrement consacrés à leur instruction religieuse et aux devoirs du soldat; la réunion dans l'église des Chartreux n'était rien dans le commencement: elle est devenue la plus considérable : on évalue à cinq ou six cents le nombre d'adeptes qui s'y réunissent chaque fois.

La crise ministérielle est terminée. Quatre des ministre? restent: ce sont : Baroche à l'intérieur. Fould aux finances, Uouher à la justice, de Parieu à l'instruction publique. Par décret du Président de la République du 9 janvier sont nommés : M. Drouyn de Lhuys. ministre des affaires étrangères; M. Ueirnault de Saint-Jean d'Angélv, général de division.

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