CHAPITRE IX. — JANVIER
ministre de la guerre; M. Ducos, ministre de la marine et des colonies; M. Bonjean, ministre de l'agriculture et du commerce; M. Magne, ministre des travaux publics. M. Drouyn de Lhuys est chargé par intérim du ministère de la marine.
La condition sine qua non du Président pour les entrants a été la révocation du général Changarnier; aussi, à la suite du décret de nomination des ministres, est le suivant :
« Au nom du peuple français,
« Le Président de la République, « Sur le rapport des ministres de l'intérieur et de la guerre,
« Décrète :
« Article premier. — Sont rapportés les décrets des 20 décembre 1848 et 11 juin 1849 qui réunissent sous un même commandement supérieur : 1° les gardes nationales de la Seine; S» les troupes de toutes armes stationnées dans l'étendue de la l'« division militaire, et qui nomment le général Changarnier à ce commandement.
f Art. 2. — Le général de division Perrot est nommé commandant supérieur des gardes nationales de la Seine.
« Art. 3. — Le général de division Baraguay d"Hilliers, représentant du peuple, est nommé commandant en chef des troupes de toutes armes de la 1'" division militaire.
« Art. 4. — Le général Carrelet, commandant la l'« division militaire, conservera les attributions qui lui sont dévolues par la législation en vigueur.
« Art. 5. — Les ministres de l'intérieur et de la guerre sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret.
« Fait en conseil des ministres, à l'Elysée national, le 9 janvier 1851.
« Signé : Louis-N.\poléon Boxap.\rte.
« Le ministre de l'intérieur : J. Baroche.
« Le ministre de la guerre :
« Général Regnault de S.alnt-Je-vn d'Angély. »
j/7. — Une personne au fait de la situation m'écrit de Pans du 15 janvier :
« Vous savez tous les revirements qui ont eu lieu depuis quelque temps ici; il est difficile d'y comprendre autre chose, c'est que rien n'est impossible au Président quand il a quelque chose dans la tête. Ici la chute du général Changarnier a fait peu d'effet, car tout est égal à tout le monde, et c'est le pire état que celui-là. La Bourse a à peine bougé malgré les événements, et la Ghamb^ moins encore. Aujourd'hui elle est occupée à faire un ordre du jour qui donnera matière à beaucoup parler et à ne rien faire comme de coutume. »
20, — Dans la séance du 18 janvier, l'Assemblée a voté l'amendement suivant proposé par M. Sainte-Beuve :
« L'Assemblée déclare qu'elle n'a pas confiance dans le ministère et passe à l'ordre du jour. »
Ce vote a jeté de l'inquiétude dans le commerce; à Lyon, on craint qu'il n'y ait un temps d'arrêt dans les commandes.
Extrait d'une lettre de M. Alfred de Granwnt, mon officier d'ordonnance.
c Paris, le 22 janvier 1851.
« Le Président de la Bépublique m'a reçu avec beaucoup de bonté; il m'a questionné sur la situation de Lyon, sur l'effet produit par les dernières mesures. Il m'a dit : t Le général « Castellane a dû être fâché de ce que j'ai dû faire au général t Changarnier, son ami; mais il est trop militaire pour ne t pas comprendre qu'il y a des lois hiérarchiques qui ne se f violent pas impunément; du reste, il y a des faits cachés « que je ne puis dévoiler. Le rôle qu'on voulait me faire jouer f était usé et amoindri; je n'ai pas voulu l'accepter. Je suis « loyal et de bonne foi dans ce que je dis et promets, et la « Chambre est pour moi d'une indigne injustice. Dites bien à « votre général que son loyal concours me touche profondét ment, et que tout ce que je pourrai faire pour le lui prouver, t je m'empresserai de le faire. »