‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 126 sur 206 · CHAPITRE IX. - JANVIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. - JANVIER

Toute la province se prononce ouvertement contre la Chambre, et cette dernière commence à avoir peur d'avoir eu tant de courage; tout le monde serre la main au général Ghangarnier, mais il s'aperçoit, surtout depuis le dernier vote où le général Cavaignac l'a mis de côté, que sa question est tombée, de principale qu'elle était, à l'état de question incidente, et il ne peut en cacher sa mauvaise humeur. Du reste, autant on le représentait silencieux auparavant, autant on le représente causeur maintenant; mais il a trop d'esprit pour être coupable des paroles de mauvais goût qu'on lui prête.

24. - A l'heure qu'il est, le ministère n'est pas encore formé; le général Baraguay d'IIilliers rencontre des ennemis nombreux qui exigent son renvoi. Le Président tient bon, parce qu'il connaît la situation que lui a faite la Chambre en' province, et M. Mocquart me disait hier qu'il ne savait pas comment sortir de cette crise ministérielle. Tous ceux auxquels on propose un portefeuille partent pour la campagne. Le Président, étant au bout de ses fonds, a cessé ses réceptions; il ne veut pas demander de dotation.

27. — Après six jours d'attente, le Président de la République a envoyé, le 24 janvier, un message à l'Assemblée pour lui faire connaître les ministres qu'il avait choisis; pas un des ministres ne fait partie de l'Assemblée. Il appelle ce cabinet un ministère de transition. Voici le nouveau ministère • MM. Vaïsse à l'intérieur, Brenier aux affaires étran^ïères de Germiny aux finances, de Royer à la justice, Magne^ux travaux publics. Vaillant à la marine, général Randon à la guerre Giraud à l'instruction, Schneider au commerce.

Extrait d'une lettre de Paris.

25 janvier.

« Voilà bien des événements depuis quelque temps. L'opimon générale n'est pas en faveur de ceux qui ont voté avec les rouges. Changarnier aussi s'était bien diminué par son peu de franchise dans ces derniers temps, et vous seriez sur-

pris du peu de sensation qu'a fait sa chute, comme il l'appelle. Maintenant son langage est de la dernière violence, et il tient les propos les plus insultants. Quand lorgueil lui monte à la tète, toutes ses qualités diminuent et font place à de la sottise et même à de la méchanceté: il fait du tort aux autres moins qu'à lui-même en se conduisant ainsi.

« Voilà le ministère fait, et grâce au message d'hier, j'espèn que cette dernière tempête va se calmer. LAssemblée a encore perdu beaucoup d'estime dans cette dernière circonstance. Tous les partis disent que ces événements tournent au profit du Président et de la prolongation de ses pouvoirs. Je le souhaite, car je le trouve plus honnête que les autres. .

4 février. — Voici la lettre que je reçois de M. Alfred de Gramont, mon officier d'ordonnance, de Paris, le 1" février

« Tout ici est dans un état de stagnation vraiment étonnant et qu'on n'explique que par le besoin de repos, après les inquiétudes causées par la dernière crise. Le Président doit demander sa dotation la semaine prochaine; il s'attend à ce qu'elle lui sera refusée: aussi n'est-ce que par acquit de conscience qu'il

la demande. ^ ^

« On a fait courir de singuliers bruits sur mon arrivée a Paris. Le Constitutionnel avait annoncé la présence d'un de vos officiers d'ordonnance, porteur de dépêches importantes; d'autres journaux ont commenté cette nouvelle. On a dit partout que vous m'aviez envoyé au Président pour lui offrir quatre millions que la ville de Lyon avait déposés pour lui entre vos mains, et pour lui annoncer que vous auriez certainement un mouvement pour lui dans cette même ville de Lyon, s'il le désirait. Vous pensez bien que j'ai répondu a tous ces bruits, comme il convenait, que je n'avais aucune mission officielle et que je n'étais venu à Paris que pour des affaires tout à fait personnelles.

. On dit que le général Changarnier est fort mécontent de l'oubli profond dans lequel il est tombé. Il avait compté sur la reconnaissance de la Chambre, elle ne la lui témoigne que par de stériles poignées de main. •

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