‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 128 sur 206 · CHAPITRE IX. - AVRIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. - AVRIL

contre mon arrêté. La i" brigade d'infanterie, les 8- chasseurs et 2- dragons étaient en conséquence prêts à marcher Ces dispositions, dont les rouges auront été informés, les ont probablement calmés ; il n'y avait que cent dix personnes à l'enterrement, et parmi elles quatre-vingts chefs socialistes. II. ont donné pour raison de ce que le convoi n'était pas plus nombreux que la dame Gauthier avait appelé un prêtre. Le fait est qu'ils n ont pas osé. La plupart de ceux qui suivaient le convoi ont ote leur chapeau au commandant de la place qui est passé près d'eux.

6. -Le général Mellinet, commandant la 2« brigade d'infanterie, venant d'Afrique, est arrivé le 4 avril à Lyon. Il a l'air militaire et est fort bien tourné; cet officier est, j'en suis persuadé, une excellente acquisition pour Tarmée de Lyon.

7. - L'inquiétude des honnêtes gens, la confiance des démocrates augmentent dans la Gôte-d'Or; il en est de même partout.

La correspondance du comité des réfugiés en Suisse avec les démocrates d'Avignon et de Carpentras est incessante.

9. — Il continue à se tenir de mauvais propos dan^ le peuple. Il y a beaucoup de misère à Lyon; les meneurs en profitent pour exciter le mécontentement. L'ouvra^re manque aussi de plus en plus à Saint-Étienne. Les cafés socialistes sont presque tous remplis. Les meneurs annoncent la fin prochaine des souffrances du peuple. Si les rouges persistent dans leurs sinistres projets, ils trouveront à Lyon à qui parler.

A Lyon, grâce à l'état de siège, les démocrates, n'avant pa. d armes, paraissent maintenant résolus à ne pas faire ^de mouvement, tant que la garnison y restera. « Du reste, disent-ih que faire dans une ville où douze personnes ne peuvent pas be reunir sans risquer de se voir jeter en prison? .

Le fait est qu'il ne règne pas parmi les chefs de la démocratie lyonnaise un vif enthousiasme, ni surtout une ardeur immodérée de se battre.

On remarque à Lyon beaucoup d'engagements pour deux ans; heureusement, ils ne peuvent pas avoir lieu dans la ()• division. On croit qu'une partie de ces enrôlés est envoyée

306 JOURNAL DU MARÉCHAL DE CASTELLANE. dans les régiments pour faire de la propagande, et qu'ils reçoivent de Uai^gent à cet effet: il serait à désirer qu'une loi supprimât ces engagements de deux ans.

ii. — Une dépèche télégraphique de Paris à midi nous a apporté la composition du ministère définitif :

MM. RouHER à la justice, B.vroche aux affaires étrangères, Prosper Chasseloup-Laubat à la marine. Léon Faucher à intérieur. Buffet au commerce, R.^ndox à la guerre. Magne aux travaux publics, de Crouseilhes à l'instruction publique, Focld

(Achille) aux finances.

14. — Les rouges sont furieux de la composition du nouveau ministère; ils croient toujours à un mouvement le 4 mai au plus tard, et ils sont prêts à agir dès qu'ils en auront

l'ordre. ^ .

15. — Le général Gado a pris ses dispositions pour ï^amt- Étienne ; on a ôté les batteries des trente-huit mille fusils qui

s'v trouvent.

^ iS. — On m'a communiqué une lettre de M. Mazas, un des principaux chefs des mines de la Loire, près de Rive-de-Gier; il sattend à un prochain mouvement socialiste des ouvriers; il me raconte quune vingtaine d'ouvriers dévoués viendront coucher chez lui' dans la nuit du 3 au 4 mai.

2J, — Les réfugiés sont toujours aussi nombreux à Genève; ils dissimulaient le 19, autant qu'ils le pouvaient, leur présence et leurs menées; ils comptent sur une explosion prochaine et s'y préparent. La Savoie et le Piémont sont travaillés plus fortement que jamais par la propagande; un mouvement révolutionnaire en France aura son contre-coup immédiat a Chambéry. Turin et Gênes.

On distribue en ce moment à Lyon et dans les communes voisines des médailles en cuivre; d'un côté est le buste de la République coiffée d'un bonnet phrygien, de l'autre un homme brisant une couronne. Autour du buste on lit : République française : liberUK égalité, fraternité; autour de l'homme brisant la couronne : Le peuple rompt ses fers! au bas : 24 février 184S. Cette médaille doit servir de ralliement aux démocrates le jour du combat: elle est frappée à Lyon.

CIIAITTRE IX. - AVRIL (851. 307

Le bruit est répandu dans toute la démocratie que le mois

de mai ne se passera pas sans de graves événements -o.-ln négociant, membre du tribunal de commerce de

Lyon a un ouvrier démocrate à sa dévotion qui lui a toujours

de jum 1849, .1 1 avait averti qu'il était le seizième sur la liste de ceux a guillotiner. Ce négociant a vérifié, sur la liste q fut remise au général Gémeau après la dispersion des insur4s qu'il était en effet le seizième. "^-ur^e»,

^!- -J^es ordres arrivés de Paris au.x démocrates de Lyon parlent de I insurrection comme certaine, si on touche à la constitution par la revision ou la prorogation des pouvoirs

Voici le dixième bulletin du comité central de résistance •

DLXIHME BULLETIN.

Aux départements!

« Citoyens!

. Le moment est arrivé de reprendre le fusil et d'exterminer d un bout de la France à l'autre les infâmes aristocrates que le 2^ février avait épargnés généreusement et qui nont pas cesse de vous pressurer, de vous voler, de vous ruiner

. L msurrection est un droit qui appartient au peuple • c'est un droit qui vous rendra tous ceux qu'on vous a ravis; c'e^t e seul droit qui vous reste; vous le savez, que chacun de vous se prépare !

. Au premier son du locs,,,. comptez sur le concours énergique de vos frères de Paris, de même qu'ils comptent sur votre concours, si les circonstances leur faisaient prendre 1 initiative.

.Soyons tous solidaires, et qu'au premier ébranlement tous se lèvent; mais en attendant l'hure prochaine de la justice populaire, écoutez un conseil et suivez-le, car il est bon

. Le peuple, en 1830 et en 1848. a fait grâce à tous les royalis es, et ces lâches suppôts du despotisme n'ont répondu à cette générosité que par des crimes plus atroces

. Aujourd'hui il n'y a phis de pardon possible; il n'eu faut point; il ne doit point y en avoir '. Il

. Frappez sans pitié; les traitres ne méritent aucune miséricorde Tous ceux qui combattent la République sont des traîtres, et ceux qui s'abstiendront au moment du combat, leurs lâches complices.

. Répondez à la résistance avec du plomb, du fer et du feu. . Pour que votre émancipation soit complète et votre bonheur durable, il faut que vos ennemis soient anéantis et disparaissent sous terre. Regardons autour de nous, et nous reconnaîtrons les ennemis dont nous devons faire justice implacable; comptons-les, et qu'au grand jour ils tombent

foudroyés.

« Frères' c'est au nom du salut de tous que nous vous adressons ce conseil. Songez d'ailleurs qu'en marchant a la conquête de la liberté, il serait dangereux de laisser dans vos communes cette race lâche qui vous frapperait par derrière et immolerait vos femmes et vos enfants.

« Citoyens! si en février la correction eût été complète, si la réaction n'eût pas profité de la magnanimité du peuple pour or-aniser la trahison, vous ne seriez pas obligés de prendre demain les armes pour reconquérir vos droits et votre liberté, et depuis longtemps la prospérité régnerait sur la République démocratique et sociale.

« Soyons énergiques!

« Que 1851 comble la lacune laissée en 1793, et tout sera dit .

. Salut et fraternité.

« Le Comité central de résistance. »

./ „,,„• Le Te Dcum et la revue, qui a été belle, se sont très bien passés à Lyon. La population s'est montrée silencieuse et respectueuse.

J'avais sur le terrain, à la revue, quatre cent trente-deux olliciers, huit mille neuf cent cinquante hommes de troupe, deux mille deux cent trente-deux chevaux, artillerie, cavalerie, train. C'est le chiffre sur lequel je dois compter pour le combat. Le surplus porté ce matin sur le rapport de la place,

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