CHAPITRE X. - JUILLET iS'M
en lisant la dépêche ci-après, quil me remettait, il a pu se convaincre du contraire :
<> Paris, le 11 juillet 1851, à dix heures du matin.
. Le ministre de la guerre à Monsieur le général commandant supérieur à Lyon.
« Vous êtes nommé au commandement en chef des troupes de la i- division, auquel vous réunirez le commandement de la division territoriale.
« Le général Carrelet, qui vous remplace à Lyon, partira ce soir.
« Vous quitterez Lyon après lui avoir remis le commandement. »
C'est un malheur auquel j'étais loin de m'attendre Ma position à Lyon est mille fois préférable; je vais envoyer une dépêche au ministre de la guerre pour refuser. Alors je retourne de suite au télégraphe.
I J'ai expédié la dépêche suivante datée de midi : P . Je reçois votre dépêche de ce matin. Tout honoré que je suis de la confiance du gouvernement, je demande à rester à Lyon, ou je crois pouvoir rendre de plus grands services qu'à Pans Je suis depuis un an à Lyon, et on me montre une grande bienveillance dans le pays. .
J'ai été de suite en faire part au commissaire extraordinaire de Lacoste, au maire lleveil, au procureur général Gilardin • Ils étaient désespérés. Le commandant de la place, que j'ai rencontré, les généraux Duchaussoy, Deshorties , Mellinet, sont accourus tout inquiets; cela a jeté de suite l'émoi dans la ville. Les généraux de division Gentil et Lebon- Desmottes sont arrives chez moi, croyant que cela me ferait plaisir On a connu mon refus, et on men a su gré: tout le monde m exprimait la crainte qu'on ne me forcit à accepter.
V quatre heures du sou, j'ai reçu la dépêche télégraphique ci-apres du ministre de la guerre, de trois heures :
• Le Président de la République me charge de vous donner
l'ordre de vous rendre immédiatement à Paris; veuillez donc vous mettre en route, après avoir pourvu au commandement temporaire de Lyon.
« Le général Carrelet reçoit l'ordre de suspendre son départ
pour Lyon. »
J'ai répondu sur-le-champ :
« Je reçois votre dépêche télégraphique de trois heures du soir. Je partirai demain à cinq heures du matin de Lyon, et je serai à Paris dans la nuit. »
i2. — Je me suis levé à trois heures et demie du matin; avant cinq heures j'étais au bateau à vapeur sur le quai de Saône; j'étais au débarcadère de Paris à onze heures du soir.
Voici ce qui s'est passé :
Le général Baraguay d'Hilliers, étant représentant, s'est choqué de ce qu'on ne s'était pas occupé plus tôt de l'expiration de ses six mois de fonctions spéciales. Les ministres ont dit qu'ils ne pensaient pas que la mesure lui fût applicable, et qu'ils la discuteraient à l'Assemblée. Le général Baraguay d'Hilliers a dit qu'il ne voulait pas être discuté, et il a donné sa démission. On a cherché, recherché, et on n*a trouvé que moi pour le remplacer. Baraguay d'Hilliers est arrivé à la Chambre en annonçant ma nomination; cela a fait un très mauvais effet sur beaucoup de membres, qui ont dit que c'était une intrigue datant de mon dernier voyage, et qu'on m'appelait pour un coup d'État. Voilà les orléanistes, la portion des pointus légitimistes et la gauche en rumeur. H paraît que le général Changarnier n'est pas moins mécontent; on lui attribue même ce propos : « Je lui dois beaucoup, je serais fâché de le faire fusiller. » H a ajouté cependant : « A moins qu'il ne me fasse fusiller (1). »
Le fait est que ma position ne serait pas tenable à Pans avec mes relations. L'Elysée, qui me prône aujourd'hui, m'aurait probablement en suspicion d'ici à trois mois; je me
(1) Le général Changarnier dit ce même jour à la comtesse de Hatzfoldt : « Je serai fâché, mais il me faudra faire fusiller votre vieux bonliommc do père. *