‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 136 sur 206 · CHAPITRE X. — JUILLET 18:H · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — JUILLET 18:H

trouverais entre l'enclume et le marteau. Môme en ne voyant personne ou à peu près, je ne m'en tirerais pas politiquement; puis vis-à-vis de l'armée de Paris, où le laisser aller domine, je ne pourrais employer mes moyens militaires pour la remettre, tandis quà Lyon tout est maintenant sur un bon pied militaire, et j'y rends de grands services. Si on y envoie le général Carrelet, tout ce que j'ai fait sera perdu; Lyon va être dans un grand mécontentement, tout cela pour être à Paris, où je ne puis être utile. Il est donc de l'intérêt du gouvernement de ne pas me forcer à rester à Paris; cela me perdrait, sans que cela fût bon à rien.

13. — J'ai été à dix heures du matin chez le ministre de la guerre; il m'a fort bien reçu. Je lui ai dit toutes les raisons pour lesquelles je ne croyais pas pouvoir rendre à Paris les mêmes services qu'à Lyon. Le ministre de la guerre m'a dit que ces raisons-là avaient été pesées au conseil, et qu'on savait que je n'en ferais pas moins mon devoir contre le général Changarnier et les autres, s'il y avait lieu. J'ai dit, de plus, que mes habitudes militaires et mes moyens d'action sur l'armée n'étaient point en rapport avec les habitudes de la capitale, et que c'était avec franchise que je lui disais qu'on perdrait Lyon sans utilité pour Paris et qu'on m'userait. Le général Randon a encore insisté, puis il a dit que j'avais peut-être trouvé mauvais qu'on me donnât en même temps le commandement de la division territoriale, qu'il croyait au contraire que cela agrandissait ma position. Je lui ai répondu que j'étais parfaitement de son avis, et que si on ne l'avait pas fait, je l'eusse demandé.

Le ministre de la guerre m'a alors parlé de l'embarras d'un choix à faire. Je lui ai répondu que, dans mon opinion, c'était le ministre de la guerre qui devait commander l'armée de Paris; il m'a alors répliqué : « Mais je suis prêt à quitter le ministère de la guerre; je n'y tiens pas. » J'ai répondu : < Je ne veux pas être ministre de la guerre; ce que je veux dire, c'est que c'est vous qui devez commander l'armée de Paris. — Mais je ne puis, moi. ministre, le dire! — Lh bien! moi, je le dirai au Président. » Il a encore insisté pour me faire

accepter, mais cependant avec mesure, me disant que le Président avait été tout étonné de mon refus, et que si on avait pu le pressentir, on m'aurait consulté auparavant. Je l'ai quitté, lui disant que je désirais m'expliquer avec le Président; il m'a répondu : « Vous le trouverez actuellement; moi. je le verrai entre midi et une heure. >

En sortant de chez M. Randon, j'ai été chez le baron de Crouseilhes, ministre de l'instruction publique, mon parent et mon ami; je lui ai à peu près répété les mêmes choses. Il m'a dit que je les mettais dans un cruel embarras; qu'au conseil, la discussion avait été des plus honorables pour moi; il paraît qu'on a eu avec le général Baraguay d'Hilliers des ennuis, dont le cabinet ne s'est pas vanté; on voulait supprimer le titre de général en chef; le premier, le général Randon a proposé de me le donner et de m'appeleràParis. cela ne pouvant avoir aucun inconvénient pour le ministre de la guerre, avec un officier général aussi militaire que moi. Le Président a insisté pour que je fusse appelé à Paris avec le titre de général en chef: il paraît que le Président ne veut ni du général Rostolan, ni du général d'Arbouville. Crouseilhes m'a bien répété que cétait la première position qu'on pouvait donner à un homme, qu'on savait bien que je ne pouvais pas être remplacé à Lyon, mais que Paris était plus important; il a beaucoup insisté. Nous nous sommes quittés, et je suis allé chez le Président.

J'ai été parfaitement accueilli par le Président; je lui ai dit que je croyais que mon appel à Paris perdrait Lyon sans utilité pour Paris ni pour lui : que Lyon était un point très important: que c'est là. s'il y avait une surprise dans la capitale, qu'il trouverait un point d'appui dans mon armée, et que les régiments que j'appellerais me rejoindraient. Le Président a repris : « J'en suis bien sûr. »

J'ai ajouté que je ne pouvais pas être remplacé à Lyon, qu'il exciterait un grand mécontentement en m'en Optant, qu'il avait dans cette ville de nombreux partisans. Il a repris : < C'est à vous que je les dois. » J'ai répété au Président que ma position serait très délicate à Paris, que beaucoup de mes relations

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