J'ai été chez M. Mole, j'y ai trouvé M. de Salvandy
qui avait voyagé avec moi de Lyon à Paris et qui avait
insisté pour que j'acceptasse le commandement de Paris. Le
fmatin, il avait écrit à M. Mole pour le prier de m'engager à
accepter; M. Mole a voulu dire devant M. de Salvandy qu'il
, pensait qu'il serait très fâcheux pour moi de prendre ce
'commandement en ce moment , et qu'il n'y aurait rien
avant 1832.
Le général Changarnier paraît tout à fait fou d'orgueil et d'importance; comme général de l'Assemblée, il croit pouvoir renverser le Président. Il a une peur terrible que j'accepte le commandement de l'armée de Paris; il aime mieux avoir affaire à un autre qu'à moi; il tient à cet égard les propos les plus absurdes. Ce qui l'effraye le plus surtout, c'est si on donnait le commandement de l'armée de Paris au ministre de la guerre, car il n'y aurait qu'une seule personne avec laquelle le Président aurait à compter. Il paraît qu'hier non seulement lui, mais son aide de camp Valazé, étaient en
route de tous les côtés pour savoir si j'acceptais. Il y a quelques jours, le général Changarnier disait : « Je tiens l'armée dans ma main. » Il se trompe étrangement.
J'ai été chez le Président de la République. J'avais su par un aide de camp que, tout en regrettant mon refus, il avait trouvé bonnes mes raisons pour ne pas accepter le commandement de Paris. Il m'a demandé en entrant si j'avais fait mes réflexions et si je persistais; je lui ai répondu que oui. Il m'a encore parlé de rembarras du choix. Je lui ai répondu que ce qu'il y avait de mieux était de donner le commandement de Paris au ministre de la guerre; il m'a répondu que ce n'était pas possible, qu'il fallait que le commandement de Paris fût stable, et que la Chambre renverserait sans cesse le ministre. Il m'a prononcé ensuite le nom du général Magnan. Je me suis bien gardé de dire un mot, ne voulant pas prendre la responsabilité de sa nomination; il m'a dit qu'il ne m'avait appelé à Paris que croyant me faire plaisir, que du reste cela augmenterait ma considération à Lyon, où l'on ne pouvait qu'être flatté de voir que je voulais y rester, qu'il faudrait le faire mettre dans le journal. Comme je ne lui ai pas répondu catégoriquement, il m'a dit : •> Je le ferai mettre, moi! » ce qui m'a prouvé qu'il n'était nullement mécontent de mes observations. Je lui ai demandé s'il voulait m'autoriser à dire au ministre de la guerre qu'il pouvait me donner l'ordre de retourner à Lyon; il ma répondu : « Oui! »
Nous avons un peu causé de l'hostilité du général Changarnier; il m'a dit qu'il était étonné que cet officier général se promenât avec lAI. Charras, bras dessus, bras dessous. Nous nous sommes quittés fort bons amis.
J'ai de là été chez le général Uandon, ministre de la guerre, et je lui ai répété les paroles du Président; il m'a dit qu'il m'enverrait un ordre après le conseil. Je l'ai prié de me l'adresser le plus tôt possible, car je veux partir ce soir.
Changarnier était unique, à ce qu'on m'a raconté, dans les transes où il était de me voir accepter, parce qu'il ne se souciait pas. dans l'idée où il est qu'il sera le général de l'Assemblée, de me trouver en face de lui.