CABINET DU MINISTRE
« Paris, le 14 juillet 1851.
« Général, d'après le vœu que vous avez formellement exprimé, l'ordre qui vous appelait au commandement de l'armée de Paris est annulé. J'ai l'honneur de vous en donner avis en vous invitant à repartir immédiatement à Lyon.
« Recevez, général, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
« Le ministre de la guerre, « Signé : Randon. »
Je n'ai qu'à me louer de la manière dont j'ai été traité par le Président de la République, par le ministre de la guerre, et des termes dans lesquels ma révocation sur ma demande est rédigée. Je suis parti pour Lyon à sept heures du soir.
^^- — A Chalon, j'ai remarqué qu'il n'y avait pas de gendarme au débarcadère. J'en écrirai au colonel de la 19» légion; on fait son service en voyageant.
Nous sommes arrivés à Lyon le 15 à une heure de l'aprèsmidi. J'ai trouvé au débarcadère le procureur général Gilardin. le général Deshorties, le colonel de gendarmerie Lemaire, mes aides de camp. Ils étaient venus me féliciter de mon retour.
Peu après mon arrivée sont venus le commissaire extraordinaire de Lacoste, le maire Réveil et tous les officiers généraux.
Mon départ avait répandu de l'inquiétude dans les modérés de Lyon et même des départements. Une députation du commerce de Lyon allait partir pour me réclamer au Président de la République. Tous les gens d'ordre sont satisfaits de mon retour.
Par décret du 15 juillet, le général de division Magnan est nommé commandant en chef de l'armée de Paris.
Le général Carrelet, qui commande la première division de l'armée de Paris, conserve le commandement de la division territoriale. On n'a pas voulu donner au général Magnan, comme on l'avait fait pour moi, le double commandement de l'armée de Paris et de la première division militaire.
20. — La discussion de la revision de la Constitution est terminée; la revision a été rejetée. M. Cavaignac aparlé assez médiocrement contre la revision; le montagnard qui a montré le plus de talent a été Michel (de Bourges).
M. Victor Hugo, montagnard converti, a fait le discours le plus excentrique, le plus incroyable et le plus infâme; il a attaqué tout ce qui existait sous la monarchie et il a fait l'éloge de tous les excès révolutionnaires. M. de Falloux l'a bien relevé; M. Baroche l'a accablé, opposant ses antécédents, ses chants à la naissance de Henri V, ses pensions sous Louis XVm, sous Charles X, platement sollicitées, sa pairie sous Louis-Philippe, son désir d'être ministre de Louis Bonaparte, qu'il déchire aujourd'hui. M. Victor Hugo ne peut pas improviser. Il apprend péniblement ses discours par cœur; aussi ses répliques ont été pitoyables.
Pour l'achever, les journaux ont rapporté une plate lettre de lui datée de 1826 au vicomte de La Rochefoucauld, alors directeur des beaux-arts, pour réclamer du roi Charles X une augmentation de pension. H recevait alors 2.000 francs sur la liste civile et 2,000 francs du ministère de l'intérieur, ce qui fait qu'il a attaqué violemment dans son discours les tyran^ (jiii l'ont accablé de bienfaits. Dans sa lettre au vicomte de La Rochefoucauld, il faisait de grandes protestations de reconnaissance. M. Victor Hugo est un misérable.
23. — Le maréchal Horace Sébastiani, né le 11 novembre 1771 à la Porta, en Corse, est mort à Paris le 21 juillet 1851, à onze heures et demie du matin, pendant son déjeuner. Il était colonel de dragons à l'époque du 18 brumaire et fut fait général de brigade. Il fut envoyé en 1805 à Constantinople comme ambassadeur; il releva le courage du sultan Sélim,