‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 14 sur 206 · CHAPITRE PREMIER — FEVRIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER — FEVRIER

J'ai répondu à l'aide de camp que nous n'étions pas assez instruits des événements pour pouvoir reconnaître la République; que nous serions toujours prêts, quoi qu'il arrive, à marcher sur la frontière pour la défense du pays; que, dans tous les cas, j'aurais rendu un grand service en conservant des régiments intacts et bien disciplinés : puis, m'approchant de l'aide de camp, je lui ai dit : « Je ne reconnais pas le général Subervie comme ministre de la guerre; mais comme homme, dites-lui ftiille amitiés de ma part. »

La députation qui était venue à mon quartier général m'attendait; je suis entré avec elle dans une maison pour lui parler de l'établissement de mes troupes. J'ai dit que je voulais être logé avec elles sur le quai, et établir mon quartier général à la Bourse.

En en sortant, je suis parti avec quelques gardes nationaux à cheval pour me rendre à l'IIÔtel de ville ; cela a été une véritable ovation : la garde nationale me pressait, m'entourait, si bien même que, comme je portais mon manteau, le cordon me serrait tellement la gorge, que j'ai manqué être étranglé au milieu de mon triomphe. J'étais pressé si fort que c'est à grand'peine qu'avec leur aide je suis parvenu à me défaire de mon manteau; ils m'ont porté en quelque sorte en triomphe dans la salle où étaient réunis le conseil municipal et les membres du comité de la réforme et du comité démocratique qu'ils s'était adjoints; tous m'ont également reçu avec enthousiasme et comme des gens qui regardaient le salut de la ville attaché à mon retour. Je serais bien embarrassé de trouver les paroles que je leur ai dites, j'ai eu soin d'établir que je ne rentrais que pour le rétablissement de l'ordre, et que je serais parfaitement libre de me retirer avec mes troupes, lorsque tout serait tranquille.

En descendant de Tllùtel de ville, j'ai été accueilli par les mêmes acclamations qu'à mon arrivée; j'ai pris immédiatement, si ce n'est de droit, au moins de fait, le commandement de la garde nationale, qui le réclamait à grands cris.

J'ai établi mon quartier général à l'IIiitel de la Bourse, où huit cents hommes du iS* de ligne se sont aussi logés; j'avais

aussi un piquet de deux cents hommes de la garde nationale avec quatre ordonnances de la garde achevai pour assurer les communications entre l'Hôtel de ville et moi.

Mes forces se composent de quinze cents hommes des 18* de ligne et 28« de ligne, de vingt-deux dragons du 2« régiment, bien commandés par le lieutenant deLacombe. Gela n'est pabeaucoup, mais bien ensemble, cela ne laisse pas que d'être imposant. Je prends toutes les dispositions nécessaires pour la sûreté de la ville.

J'ai dîné chez le général Gérard, qui loge à côté de la Bourse; immédiatement après, accompagné de huit gardenationaux à cheval et d'un détachement de dragons, j'ai fait la visite des postes. J'ai placé vingt-cinq hommes de la ligne chez M. Gibiel et vingt-cinq autres chez M. Barbet pour protéger ces deux hôtels qui ont été menacés.

Le commandant Dumont, du 28% reste à cette hauteur avec le reste de son monde pour prendre à dos les assaillants, soit qu'ils se présentent par le Mont Riboudet, soit par la rue du Renard ; le poste de Gauchoise reçoit des instructions dans le même sens.

J'ai été au débarcadère de la rue Verte, où j'ai donné au capitaine commandant le poste de la garde nationale des instructions sur les mesures à prendre pour la défense.

Je me suis porté de là au poste Beauvoisine, et j'ai donné aussi des instructions pour la défense du poste et la surveillance à exercer aux alentours. On est venu m'annoncer que l'établissement de M. de Buddicom était menacé, j'ai envoyé un rominandant avec cinquante hommes du 18* de ligne, m'allendre de l'autre côté du pont de pierre: je suis retourné à l'Hôtel de ville, où j'ai été reçu avec le même enthousiasme que le malin. Je me suis rendu au pont de pierre par le boulevard et le Ghamp de Mars; de là je suis parti au grand galop sur Grammont et sur l'établissement de M. Buddicom. I/allaque qu'on m'avait annoncée était une fausse alerte. Je me suis dirigé sur les établissements de la commune de Sottevillf, où j'ai trouvé la garde nationale. Le maire est venu me complimenter.

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