‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 142 sur 206 · CHAPITRE X. — SEPTEMBRE 18ol · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — SEPTEMBRE 18ol

l'empereur Napoléon, alors lieutenant d'artillerie au régiment de la Fère.

9. — J'ai quitté Valence à sept heures du matin, fort content de la réception qui m'a été faite dans cette ville. Je suis arrivé à dix heures du matin à Romans. La population entière sétait portée sur mon passaije; l'accueil le plus bienveillant m'a été fait. La municipalité de cette ville est entièrement composée d'hommes d'ordre. Elle était dans un sens contraire avant que M. Ferlay eût fait dissoudre le conseil municipal.

J'ai reconnu dans cette tournée dans la Drôme que, malgré le nombre considérable d'anarchistes qui y existe, il y a encore beaucoup de sève dans ce département pour la défense de la société. Le préfet Ferlay donne une énergique impulsion à toutes choses; il est capable, courageux, ferme, actif et apprécié par tous les honnêtes gens.

Je me suis rendu au déjeuner qui m'avait été offert par le conseil municipal de Romans. Le préfet a porté un toast en mon honneur et a profité de cette occasion pour m'adresser un discours éloquent, ferme, énergique, qui, prononcé avec chaleur et conviction, a produit le plus grand effet. Romans est le pays de Mathieu de la Drôme. Son influence a fort diminué; la queue du parti veut maintenant mener la tète, qui est débordée.

Je suis arrivé à deux heures et demie à Saint-Marcellin , et je suis venu coucher à Moirans, au château de M. de La Motte, habitant Lyon l'hiver, à qui je l'avais promis.

En entrant dans l'Isère, je n'ai pas tardé à remarquer qu'il n'y avait pas dans ce département l'énergique impulsion qui règne dans laDrùme; l'autorité n'y est pas respectée de même. Le préfet Montlaville a de la bonne volonté; il parle avec fermeté, mais il agit avec faiblesse.

il. — Je suis arrivé à Grenoble le 11 à midi par un beau temps; la foule se pressait sur mon passage. La population s'est montrée respectueuse. Il n'y a pas eu le moindre cri; j'ai été parfaitement accueilli. Le préfet Montlaville m'a fait, à la tête des autorités, un bon discours auquel j'ai répondu. J'ai

eu la visite du premier président, du procureur général prè> la cour d'appel. Presque tous les juges sont à la campagne. J'ai fait au corps d'officiers de la garnison de Grenoble une allocution, leur rappelant que leur devoir était de défendr.avec vigueur la cause de Tordre ; que, de plus, c'était leur intérêt, car si les rouges venaient à triompher, ils perdraient leur état; ils m'ont écouté avec une grande attention et m'ont paru dans les meilleures dispositions. J'ai échangé aussi des discours avec Mgr l'évêque de Grenoble, qui m'a assuré du concours de son clergé, avec le recteur et les chefs d'administration.

J'ai répondu en ces termes au discours du préfet de l'Isère : « Je vous remercie des bonnes paroles que vous venez de

m'adresser.

« Au moment où le Président de la République, qui a rendu de si grands services à la cause de l'ordre, m'a confié le commandement que j'exerce aujourd'hui, je ne me suis pas dissimulé les difficultés de ma mission. J'avais été assez heureux pour réussir dans l'Ouest, et j'ai espéré qu'avec le concours des bons citoyens il en serait de même dans l'Est. On a bien voulu me l'accorder; je vous demande de me le continuer. Ce n'est pas seulement un concours moral que je réclame, c'est un concours énergique et agissant. Il est permis d'avoir des préférences, mais il faut savoir les faire taire pour se grouper autour du pouvoir, afin de l'aider à sauver la société menacée : il s'agit d'être ou de ne pas être. Si les principes pervers que l'on cherche à répandre venaient à triompher, les malheureux qui se laissent égarer n'y trouveraient qu'un surcroît de misère. Dieu n'a pas créé l'égalité de fortune. Elle est imposible. Nous avons depuis de longues années l'égalité des droit-. Tout homme, quelle que soit sa naissance, peut, avec du mérite, arriver dans notre pays aux plus hauts emplois; c'est là la seule égalité qui soit possible, et nous l'avons.

« Ma décision ne vous manquera jamais, soyez-en sûr, dans les moments difficiles, et la société triomphera avec votre concours, l'aide de Dieu et de nos baïonnettes. »

Je crois que mon voyage à Grenoble sera utile.

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