CHAPITRE XI - FÉVRIER
deux lettres qu'il m'avait écrites, il a tenu à me les laisser. Les voici :
« Eljsée, le d7 septembre 1851.
« Confidentielle.
« Mon cher General,
« Je profite d'une occasion sûre pour vous engager à ne pas quitter Lyon à partir du 22 de ce mois, et à prendre toutes vos précautions nécessaires en cas d'insurrection.
« Je ne vous en dis pas davantage; je compte sur votre énergie et sur votre patriotisme.
« Louis-Napoléon. >
« Elysée, 21 septembre 1851.
« Confidentielle.
« Mon cher Général,
« Regardez comme non avenue la lettre que je vous ai adressée par M. de Campaigno, qui a été chargé de vous la remettre J'espère lever les difficultés qui s'opposent à la juste mesure dont je vous avais parlé.
« Croyez, mon cher général, à mes sentiments de haute estime.
« Louis-Napoléon. »
J'ai parlé au Président du capitaine Merle, et je ne serais pas étonné, d'après le bien que je lui en ai dit. qu'il n'en fît un officier d'ordonnance (i).
Nous avons causé de la garde, de mes campagnes auprès de l'Empereur; il m'a dit, en me quittant, de venir dîner vendredi avec lui,(r si cela ne me dérangeait pas . . Cette phrase a fait que je lui ai répondu que je dînais chez le ministre de la guerre; j'ai eu tort, parce que, pour le souverain, il n'y a pas d'excuses!
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Je suis allé au ministère de l'intérieur, à la direction des beaux-arts, pour avoir un buste du Président pour le quartier général de Lyon; on me l'enverra.
De là, j'ai été chez le comte Mole; il s'attendait, m'a-t-il dit. au coup d'État. Il prétend que Changarnier a fait beaucoup de mal à l'Assemblée, que sa présomption est au delà de tout, et que cet officier général se mettait en fureur quand on lui disait qu'il ne disposait pas de l'armée. Il a tourné la tète aux Orléans avec les belles promesses qu'il leur a faites à cet égard.
Je suis allé au bal du ministre de la guerre, le général Saint-Arnaud; il y avait des toilettes magnifiques. Une galerie avait été construite sur le jardin; je ne me reconnaissais plus au ministère de la guerre. Il y avait plusieurs milliers de personnes, une foule excessive; le souper était très bien servi à un buffet où les femmes entraient par bandes, successivement. M. de Saint-Arnaud m'a fait la galanterie de m'y faire entrer, et j'ai retrouvé là beaucoup de mes anciennes connaissances qui ont été très gracieuses pour moi; j'ai eu la douleur de ne pas me rappeler leurs noms.
M. de Saint-Arnaud a toujours passé pour bien représenter; il s'entend aux fêtes, à en juger par celle-là, car elle a été superbe et bien ordonnée.
12. — J'ai eu la visite du duc de Mortemart, qui est venu de Neauphle pour me voir; il est, comme il a toujours été. dans les meilleurs sentiments; c'est un loyal et digne Français. Je lui ai parlé d'une combinaison pour le faire rentrer en activité; il s'en est rapporté à moi.
J'ai été chez la princesse de Lieven, où j'ai trouvé le duc de Montebello. On y était dans la crainte que le décret de transportation ne fût pas exécuté; je les ai calmés à cet égard, en les assurant que les mises en liberté n'étaient pas aussi considérables qu'on voulait bien le dire. Il n'y a pas eu un seul propos devant moi que je ne pusse entendre. Mme de Liéven m'a fait force compliments et m'a beaucoup remercié d'être venu la voir.
13. — J'ai été prendre congé du Président de la République. Je l'ai entretenu de ma conversation avec M. le duc de Morte-