‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 155 sur 206 · CHAPITRE XI. — FÉVRIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. — FÉVRIER

mart; il en est fort satisfait, et il approuve la combinaison que je lui propose, c'est-à-dire de donner au duc de Mortemart la division de Bourges et d'envoyer le général Ilerbillon, qui commande cette division, à Lyon, sous mes ordres.

En sortant de chez lui, j'ai été, comme nous étions convenus, chez le ministre de la guerre pour qu'il lui proposât la combinaison Mortemart, ce qui a dû être fait au conseil, où M. de Saint-Arnaud se rendait.

J'ai dîné chez le ministre de la guerre M. de Saint-Arnaud. Fort beau festin de vingt-cinq personnes en mon honneur. J'ai écrit de chez lui au duc de Mortemart qu'il était nommé au commandement de Bourges, et au général Herbillon qu'il était nommé au commandement de la division de l'infanterie de l'armée de Lyon.

14. — Je suis parti de Paris à deux heures du soir. Nous étions à Chalon à quatre heures et demie du matin.

15. — Arrivé à onze heures du matin à Lyon au débarcadère de la Saône, j'ai eu le temps défaire ma toilette et d'aller à la parade, qui a eu lieu à Bellecour; elle a été fort belle.

J'ai annoncé à la parade, au grand cercle composé des officiers généraux et des officiers supérieurs, la satisfaction que le prince Président et le ministre de la guerre m'avaient témoignée des services rendus par l'armée de Lyon. J'ai ajouté que la nomination du capitaine Merle prouvait que le prince savait rechercher le mérite près ou loin de lui, que l'armée de Lyon verrait dans cette nomination une nouvelle preuve de la sollicitude du Président pour elle.

Les sociétés secrètes continuent à se réorganiser. La youvelle Montagne, en particulier, attend dans deux jours un émissaire des réfugiés de Londres. Des mesures sont prises pour l'arrêter à son arrivée.

16. — On se plaint généralement de l'obscurité des candidats présentés par l'administration dans le Rhône.

M. de Vincent a trompé le cardinal de Bonald en le priant d'engager M. le marquis d'Albon à se porter candidat. A présent que celui-ci a accepté, le préfet n'en veut plus. Il a cependant une autre considération que M. Suchet, fort mal dans ses

affaires. M. d'Albon a trois cent mille francs de rente; c'est un homme modéré, il a approuvé le coup d'État du 2 décembre. Feu son père était fort lié avec le cardinal Fesch. M. d'Albon fait des démarches pour être élu; l'archevêque lui croit des chances (1).

17 . — J'ai été avant-hier à un fort beau bal aux Brotteaux, chez Mme Guesdon, hier à une soirée dansante chez les B..., qui se sont accordé le sobriquet de baron de Creusenach. On en rit, mais dans dix ans ce sera chose établie. Aujourd'hui, j'étais invité à une soirée dansante chez Mme Jouve, femme du rédacteur du Courrier de Lyon, et à un bal magnifique chez Mme Gervais, femme du directeur des chemins de fer de Saint- Etienne. Les toilettes étaient magnifiques, mi-partie société de Bellecour, mi-partie des Terreaux.

22. — J'ai donné ordre de se conformer aux règlements pour les barbes, qui sont beaucoup trop longues depuis plusieurs années. Les troupes du génie et les batteries d'artillerie s'y sont déjà conformées à ma simple invitation. Depuis quelques années il règne une tolérance fâcheuse à ce sujet dans l'armée. Faire rentrer dans les règlements, lorsqu'on s'en est écarté, n'est pas chose facile, surtout quand l'amourpropre s'en mêle. J'ai fait connaître aux officiers généraux et chefs de service mes intentions cà cet égard, leur prescrivant de s'y conformer eux-mêmes.

28. — Les réfugiés français, toujours très nombreux dans le canton de Genève, continuent à faire courir le bruit d'une insurrection en France au mois de mai prochain. Les rouges relèvent la tête à Lyon; ils annoncent un événement imprévu avant le mois de mai.

29. — L'aspect de Lyon est fort calme; on ne se doute pas qu'on vote aujourd'hui. Les rouges font des efforts inouïs en faveur de Jules Favre contre M. Réveil. On espère que les quatre candidats du gouvernement passeront.

(1) M. .de Vincent s'cnlôta à faire nommer de préférence M. Suchet, homme déconsidéré; le ^ouvcrncnient fut forcé, en voyant que le candidat n'avait pas de cliances, de prendre le marquis de Mortemart, qui fit de l'opposition.

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