‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 161 sur 206 · CHAPITRE XII. — MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — MAI

« Me voici à l'ordre, mon général, et prête à vous rendre compte de la superbe fùte d'hier. A huit heures, je suis partie de chez moi tout habillée pour le bal, et je me suis rendue à l'Ecole militaire, où le général Feray nous donnait à dîner dans la chambre d'un de ses amis, afin que nous évitions la file et les embarras de l'arrivée.

« Il y avait iMmes de Gouy, Feray et iMme Sautereau, fille du général Magnan, les généraux Bouat, Espinasse, Feray, etc. Le dîner a été très agréable.

« A huit heures et demie, nous avons été jouir du coup dœil féerique des salles avant que le public y fût admis. Rien de plus beau; tout était parfait, la décoration charmante. Il y avait vingt-deux mille bougies, toutes placées à égale hauteur, ce qui augmente beaucoup l'efi'et. Les mortiers servaient de jardinières; tous les ornements étaient faits en sabres, cuirasses, pistolets, etc. Au pied de chaque colonne étaient des sentinelles de tous les corps de l'armée : spahis, zouaves, chasseurs d'Afrique, etc.; ce qui ajoutait beaucoup au pittoresque. Quinze mille invités, et pas un moment de foule, le souper magnifique, huit cents femmes assises à la fois, et, ce qui fait honneur à Chevet, il était excellent. Les Arabes disaient qu'ils voyaient dans la réalité un conte des Mille et une Nuits.

« L'arrivée du Président a été très belle. Lorsqu'il s'est avancé sur l'estrade, toute la salle s'est mise à crier, et en môme temps les fanfares ont commencé. Il était, comme tout le monde, ravi de la beauté de cette fête. Les gens de tout âge qui étaient là. Français ou étrangers, disaient n'avoir jamais rien vu de plus beau. Les officiers en faisaient les houneur> de la meilleure grâce possible; chaque femme recevait un joli l)Ouquet en entrant, et, malgré le gigantesque de cette fête, pas un détail n'était omis, pas un soin négligé.

« Toute la journée, on s'était plu à répandre des rumeurs sinistres sur la soirée; on devait attaquer le Président, mettre le feu, etc. Ilatzfeldt voyait déjà tous les malheurs certains. Rien de pareil n'a eu lieu; la soirée s'est passée sans le moindre accident et à la satisfaction de tous. »

i8. — M. Bret, qui réussit très bien à Lyon, m'écrit que la commission municipale de cette ville a voté hier vingt-cinq mille francs pour la fête qu'on doit offrir à l'armée de Lyon, à l'occasion de la remise des aigles. La commission a accueilli la proposition de M. le préfet du Rhône avec acclamation. M. Bret leur a parlé de vingt mille francs ; ils ont tous demandé d'en voter vingt-cinq mille pour que la fête fût bien.

20. — Les députations arabes revenant de Paris, où elles avaient été pour la distribution des aigles, sont arrivées hier à Lyon; je leur ai donné le spectacle d'une petite guerre au Grand Camp.

J'ai fait exécuter plusieurs charges par le 1" de dragons. Le lieutenant-colonel de ce régiment n'a pas la bosse de la guerre; il m'a fait de belles brioches, chargeant la brigade Mellinet au lieu de l'ennemi.

Le général de division Herbillon a très bien dirigé les attaques de l'infanterie. Le général de brigade Gado a fait deux belles charges à la tète des 3« et 5' cuirassiers. Le général de division Herbillon a défilé à la tête de l'infante rie^, le général de division Morris à la tête de la cavalerie. L'artillerie et la cavalerie ont défilé au galop. Le temps était beau; les mouvements ont été exécutés avec un grand ordre et beaucoup de régularité; les bataillons carrés ont été formés à propos; il y avait une affluence considérable. Ce spectacle était magnifique. Les Arabes étaient dans l'enchantement, ils sont venus me faire une visite de remerciement. Je voulais leur donner à dîner, mais ils se sont excusés; ils étaient fatigués, et les dîners ne les amusent pas.

21, — La députation des principaux chefs arabes de l'Algérie, que le prince Président avait bien voulu associer à la fête nationale du 10 mai, a quitté Lyon ce matin. Quelquesuns de ces chefs avaient déjà visité la France à une autre époque, tous venaient d'être témoins, à Paris, de brillantes fêtes militaires, mais ils n'avaient pas encore assisté à des simulacres de petites guerres, et le spectacle imposant que leur a offert notre armée de Lyon a paru vivement les impressionner; les longues lignes d'infanterie silencieuses et immobiles, ces

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