CHAPITRE XII. — MAI 1852. 37o
masses profondes de cavalerie, les leux roulants de mousqueterie, les charges à fond étaient en effet bien faits pour impressionner ces hommes si guerriers. La précision et la rapidité des mouvements exécutés en leur présence, l'immobilité de nos soldats attendant les ordres des chefs, le silence qui régnait dans les rangs les ont aussi beaucoup frappés, eux qui ont eu si souvent à regretter que leurs belles qualités militaires ne fussent pas secondées par la discipline.
31. — Les troupes étaient massées à midi sur la place Bellecour et sur les quais, les aigles avec les gardes des drapeaux en bataille au pied de la statue; à mon arrivée, j'ai fait ouvrir un ban, et j'ai parlé en ces termes :
« Officiers, sous-officiers et soldats,
« Ajouter aux nobles et belles paroles du prince Président, lors de la remise des aigles, serait les affaiblir.
« Colonels, conduisez vos drapeaux devant le front de vos régiments, lisez le discours du prince Louis-Napoléon, puis les aigles prendront leur place de bataille, »
Le discours lu, je suis passé devant le front des troupes, puis elles ont défilé.
La ville de Lyon avait fait construire des tribunes où étaient les autorités civiles et beaucoup de dames. La tenue des troupes était très bonne, le défilé a été remarquable. Cette revue a été magnifique.
On s'est rendu à l'hippodrome pour le carrousel; il a été parfaitement exécuté par deux cents cavaliers des l"et 5* de dragons, 3« et 5» de cuirassiers etpar cent voltigeurs du 57» de ligne.
Il y avait des tribunes pour plus de deux mille personnes; en outre, plus de cinquante mille âmes sur les talus de l'hippodrome. La population était tellement satisfaite qu'elle battait des mains. Tout s'est passé dans le plus grand ordre; pas le plus petit accident. La population se montre satisfaite : la fête des aigles est à Lyon dignement et joyeusement célébrée.
Il y a ce soir spectacle au Grand Thédtre pour deux mille quatre cents soldats.
3T6 JOURNAL DU MARÉCHAL DE CASTELLANE. On n'a jamais vu à Lyon plus d'empressement et d'allé-
gresse.
pt jniji^ — Les illuminations de la place Bellecour, en verres de couleur, étaient belles. Les danses ont duré jusqu'à minuit; de dix ou douze lieues à la ronde, les paysans étaient accourus; ce qu'ont gagné les aubergistes et vendu les marchands est incroyable. La retraite a été battue à minuit; les punitions légères avaient été levées. Les soldats se sont parfaitement conduits; pas un n'a été puni dans cette soirée, il n'y a pas eu la moindre rixe avec les habitants.
2. —La ville a donné hier à cinq heures, au Jardin dhiver, dans la salle ordinaire des bals, le repas de trois cent soixantedix couverts offert aux officiers de l'armée de Lyon. Ce repas a été remarquable. M. Bret, préfet du Rhône, en sa qualité de chef de l'administration municipale, a porté le toast au prince
Président.
Après le dîner, le bal a eu lieu dans le Jardin d'hiver proprement dit. Ce bal a été nombreux, animé et très beau.
Les fêtes des aigles ont produit le meilleur effet à Lyon ; elles sont terminées.
ô. — D'après le dire du général Lambot. en retraite à Toulon, et qui est venu me voir en se rendant à Pans, les légitimistes du Var, parti auquel il appartient, loin d'être hostiles au Président, lui savent, au contraire, grand gré d'avoir sauvé le pays.
21. — Hier, Mme Narischkin, qui vient de voir l'impératrice de Russie, etxMme Cournon. qui l'accompagne, ont passé la journée 'à Lyon; je les ai menées aux Célestins. Mme Narischkin ma raconté qu'il aurait été question, pour le prince Louis-Napoléon, d'un mariage avec la princesse Wasa, fille du prétendant à la couronne de Suède, qui est charmante.
Le prince; de Prusse, que Mme Narischkin a vu aux eaux en Allemagne, lui a dit beaucoup de bien du prince Louis-Napoléon ; mais je vois à ses paroles que les étrangers préfèrent qu'il ne soit pas proclamé empereur.
24. — Les processions de la Fête-Dieu se sont parfaitement passées sur tous les points de mon commandement. A Lyon