‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 163 sur 206 · CHAPITRE XII — JUILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII — JUILLET

seulement, iM. le préfet du lUiône m'a écrit qu'un bataillon du 53» avait coupé une procession, ce qui avait produit un très mauvais effet. J'ai infligé huit jours d'arrêts au chef de bataillon qui commandait, pour n'avoir pas rendu au Saint Sacrement les honneurs prescrits par le décret du 24 messidor an XII, et j'ai exprimé à Mgr le cardinal archevêque de Lyon mes regrets de ce qui s'était passé.

7 juillet. — Il y a peu d'amélioration dans les populations de la Drome. La société n'est pas guérie; elle est encore très malade. Le mal est entretenu par des meneurs incorrigibles qui ne peuvent vivre que dans l'agitation et le désordre; les ouvriers et les paysans se sont créé des besoins qu'ils peuvent d'autant moins satisfaire que l'amour du travail est en sens inverse de ces besoins.

7. — Les sociétés secrètes existent toujours; elles agissent seulement avec plus de mystère et de prudence. La francmaçonnerie me semble aujourd'hui un moyen de propagande et d'organisation révolutionnaire. Il ne faut pas, parce qu'elle a eu l'habileté de mettre le prince Murât à sa tête, que le gouvernement s'endorme à son endroit. Il y a eu, le 4 juillet, un grand banquet maçonnique à Valence; tous les chefs rouges s'y trouvaient; des délégués de Grenoble, de Lyon et autres villes y assistaient. Les honnêtes gens se sont émus en voyant réunis autant d'hommes connus par leur hostilité au gouvernement. La grâce accordée à Mathieu de la Drùme a fait un fâcheux effet dans ce département; depuis cette époque, les anarchistes lèvent la tête et les gens d'ordre sont consternés. iô. — Le général de Saint-Arnaud, ministre de la guerre, malade, a été à Vichy. Il y a été l'objet d'une brutale attaque des rouges à une promenade. Je lui ai écrit à ce sujet; voici sa réponse :

t Paris, il juillet 18o2.

« Mon cher général,

« En arrivant à Paris, je trouve votre aimable lettre du 7, et je m'empresse d'y répondre et de vous remercier de vos bons

sentiments, dont je sens tout le prix. Ces bons habitants de l'Allier ne savaient pas que j'ai la tête plus dure que leurs cailloux d'enfants. Au surplus, qu'ils soient sages, car je leur donnerais du plomb pour de la pierre. Vous n'avez pas d'idée du mauvais esprit de ce département; c'est incroyable. J'espère qu'avec de la persévérance et de la fermeté nous en viendrons à bout. Je vous remercie de l'avis que vous me donnez sur les tendances des loges maçonniques en politique. Rien ne peut plus me surprendre, et je m'attends toujours à ce qu'il y a de plus mauvais.

« Votre Drôme ne vaut pas mieux que l'Allier. Veillez-y. Je crois que la tournée que vous projetez fera le meilleur effet. Voyez celle du général de Mortemart. Il faut que Ton voie partout et souvent des uniformes et des baïonnettes. Les cuirassiers ont fait un effet prodigieux dans la Nièvre.

« Vous avez, comme toujours, admirablement manœuvré dans votre commandement. Vos notables économies m'ont d'autant plus réjoui, qu'elles m'ont permis de vous laisser toutes vos troupes, que je sais très bien placées, dont je reconnais l'utilité à Lyon, mais que j'aurais été obligé de faire rentrer, faute d'argent.

« Je pars, le 17, avec le prince. Nous allons à Strasbourg, Nancy, Lunéville, etc. Absence de cinq à six jours. Nous n'aurons pas froid.

« Adieu, mon cher général; croyez à mes sentiments aussi affectueux que dévoués.

« Général de Saixt-Arnaud. »

iS. — Je suis parti de Lyon à six heures du matin, par le bateau à vapeur, pour faire une tournée dans la Drôme et dans l'Isère. Au débarcadère de Saint-Vallier, j"ai trouvé le maire accompagné de toutes les autorités et de M. de Saint- Vallier, mon ancien collègue de la Chambre des pairs, qui était venu de son château pour me voir. Le maire m'a harangué; je lui ai riposté, puis il m'a fallu aller chez lui, escorté de la compagnie de pompiers et de toute la population. Je suis resté

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