‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 164 sur 206 · CHAPITRE XII. - JUILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. - JUILLET

trois quarts d'heure à Saint-Vallier, et j'en suis reparti en poste pour Annonay , où nous sommes arrivés à une heure et demie.

J'ai trouvé les autorités aux portes de la ville; on m'a fait de beaux discours, j'ai répondu de mon mieux. Le maire m'a chargé d'assurer le prince Président du dévouement de la population.

19. — A dix heures et demie, je suis arrivé à Tournon. La route depuis Annonay est charmante; on traverse un pays de montagnes couvertes de vignes jusqu'au sommet.

Je suis parti à midi de Tournon. On suit les bords du Rhône jusqu'à Valence; le pays est charmant, bien cultivé, parsemé de mûriers.

A Valence, les troupes étaient sous les armes. J'ai remarqué que le 2« d'artillerie avait les barbes à l'ordonnance; mon ordre a été exécuté. Ce régiment a sauvé le département de la Drôme; il est animé d'un excellent esprit. J'en ai fait compliment au colonel Previile.

M. et Mme Ferlay m'ont donné l'hospitalité à la préfecture avec leur cordialité accoutumée. Il y a eu, le soir, un joli bal; il y avait d'agréables femmes.

20. — Je suis passé à la Voulte, où il existe une fonderie considérable de projectiles pour l'artillerie. En quittant la Voulte, on entre tout à fait dans les montagnes pour arriver à Privai'

Je suis descendu à la préfecture. M. et Mme de Saulxure m'ont fait les honneurs de Privas avec une grande politesse.

21. — Je suis arrivé à Aubenas à onze heures. On traverse un col avant d'y arriver. La gendarmerie m'attendait avec une députation de cavaliers au bas de la montagne.

Je suis venu coucher à Viviers. L'évéque, forcé de partir pour Paris, a chargé son grand vicaire de me recevoir dans son palais, qui est magnifique.

Les insurgés avaient bien choisi leur champ de bataille- L'Ardèche est un pays de chicane. Les populations de la montagne proprement dite sont pauvres, presque sauvages, de plus en proie à l'usure; elles ont toujours le désir°de brûler le bureau des hypothèques.

Il ya de plus, dans TArdèche, animosité entre les catholiques et les protestants; ces derniers sont presque toujours rouges.

22. — J'ai quitté Viviers après avoir visité le séminaire, qui est très beau. Je me suis arrêté une heure au Bourg-Saint- Andéol. Le maire m'a assuré du dévouement de cette ville au prince Président. Je suis rentré dans la Drôme, où on m'a exprimé les mêmes sentiments pour le prince à Pierrelatte, à Saint-Paul-Trois-Ghàteaux, où le marquis de Castellane-Saint- Maurice avait une terre considérable, et à Grignan, où je couche.

23. — J'ai été reçu à Grignan par les autorités et la population tout entière. J'ai visité aujourd'hui les ruines du magnifique château de Grignan, détruit en 1793 par arrêté du district de Montélimar. J'ai été sur la belle terrasse dont Mme de Se vigne parle dans ses lettres. Cette visite a pour moi un intérêt de famille (1).

J'ai visité l'église de Grignan; la pierre sous laquelle repose Mme de Sévigné porte cette inscription : t Ci-gît Marie de Rabutin Chantai, marquise de Sévigné, décédée le 18 avril 169G. » On trouve sur le tableau de la sacristie l'inscription suivante : « Gaucher Adhémar de Monteil, baron de Grignan, fonda en 1512 le chapitre de Saint-Sauveur de Grignan. »

Les restes de l'immense château de Grignan et la terrasse sont magnifiques. Le propriétaire, M. Faure, les conserve; il s'est fait un logement dans les communs, il s'est entouré de tout ce qui restait de portraits dans le château, à l'époque de son acquisition.

Mme de Sévigné ne se doutait guère, en 1671, époque à laquelle elle se promenait avec son gendre sur celte terrasse, qu'un autre Gastellane, le 23 juillet 1852. contemplerait les belles ruines du château {2).

(1) Louis Gastellane Adhémar de Monteil, reçu chevalier des ordres du Roi en 1584, lioulcnant grnéral an gouvernement de Provence, était bisaïeul do M. de Gri-nan. qui avait épousé Mlle de Sévigné. Leur fils Louis Provence de Caslellane Adhémar de Monteil, marquis de .Gn.iinaa, mourut on 1713, sans postérité. En lui s'éteignit la maison de Castellane- Grignan.

{2) Le 2 décembre 1852, j'ai été nommé maréchal de France au com-

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