‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 165 sur 206 · CHAPITRE XII. — JUILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — JUILLET

J'ai quitté Grignan pour aller à Nyons, seul point de la Drôme où on cultive l'olivier.

Pour me rendre de l'Ardèche dans les Ilautes-Alpes, j'ai parcouru le midi de la Drôme. Cette portion du département n'a pas pris part à l'insurrection. On m'a partout exprimé de bons sentiments pour le prince Président.

24. — J'ai quitté Nyons. Les montagnes, bien cultivées dans la Drôme, font contraste avec l'aridité des Hautes-Alpes. Les routes sont belles, creusées en général dans le roc. Grâce à des relais placés d'avance, j'ai parcouru en dix heures les cent huit kilomètres qui séparent Nyons de Gap.

J'ai passé, en arrivant, la revue des troupes, et j'ai reçu les autorités.

Il n'y a pas de parti proprement dit dans les Hautes-Alpes; les masses se sont laissé entraîner au socialisme, croyant par là améliorer leur sort. Ce département est très pauvre; les torrents envahissent chaque année des terres cultivables. La population de cent trente mille âmes, dont quatre mille protestants, va décroissant. On n'y recouvre pas l'impôt; on l'y arrache.

Le jeune préfet, M. Le Provost de Launay, ancien souspréfet de Libourne, où je l'ai connu, ferme et zélé, s'occupe des moyens d'améliorer ce malheureux département, peu favorisé par la nature, pour le climat et pour le sol.

Un beau tombeau de Lesdiguières, avec sa statue en marbre, se trouve dans la salle du conseil général à la préfecture. Mgr Depery, évêque de Gap, se loue de son clergé; il a une envie démesurée d'avoir la Légion d'honneur (1). Il a assisté

mandement de rarinée de Lyon et de la 8» division ; j'v ai joint, en 1858, le commandement supérieur des divisions du sud-est de la France, comprenant la 9« division, chef-lieu Marseille, la 10'. chef-li.u Montpellier, la 17% la Corse, la îîO% Clermont-Ferrand. Lors do l'annexion de la Savoie en 1860 et du comté de Nice, on a crét- la 2i« division à Grenoble; on a joint le comté de Nice à la 9« division; elles furent ajoutées au 4* corps d'armée, nom que portait alors mon commandement, beaucoup plus considérable que celui du comte de Grignan et l'absorbant tout entier. (Note au maréchal.)

(i) Il vint plus tard à Grenoble au passage du Président; je la lui fis obtenir du prince Louis-Napoléon.

à un repas en plein air de cent quatre-vingts personnes qui m'a été offert par la municipalité.

26. — Jai quitté Gap pour me rendre à Embrun. En arrivant, j'ai passé la revue des six compagnies du 74* qui s'y trouvent; j'ai examiné ensuite les fortifications de cette mauvaise place, qui est considérée comme ne pouvant pas soutenir plus de dix jours de siège.

La maison de détention renferme neuf cent? prisonniers. Je l'ai vue en détail ; elle est bien tenue, le directeur est ferme. Il y a cent vingt-sept militaires qui donnent plus de mal au directeur que tous les autres condamnés ensemble, particulièrement les hommes qui sortent du boulet et des compagnies de discipline d'Afrique; il m'a prié de leur parler, ce que j'ai fait.

L'église cathédrale de l'ancien archevêché d'Embrun est magnifique; il y a de beaux vitraux. Le curé m'a montré à la sacristie des ornements curieux par leur ancienneté.

27. — Je me suis rendu aujourd'hui à Mont-Dauphin, où j'ai vu les troupes et les fortifications. Après avoir tout examiné, je suis parti pour Briançon.

28. — J'ai visité une grande partie des curieuses fortifications de Briançon. On a eu tort de transformer la chapelle du fort des Trois-Têtes en logement pour les troupes; il est très diilicile, en hiver, aux habitants du fort d'aller à Briançon à la messe. Au moment où le gouvernement accorde protection à la religion, rendre cette chapelle au culte ne pourrait que produire un bon effet sur la population, dans ce pays qui est religieux.

29. — J'arrive de Briançon à Grenoble en douze heures; j'avais fait placer des relais. En traversant les cols, j'ai acheté du pain de seigle à l'écurie-hospice qui est située sur le plus haut. Ce pain se fabrique une fois par an; il faut le casser avec un marteau et le faire détremper pour le manger (1).

50. J'ai passé la revue des troupes; leur tenue est bonn» Le général de Lamarre, qui commande à Grenoble, sert bien.

(1) En 1860, un morceau de ce pain acheté en 1852 me servait encore de serre-papier. (Xotfs du maréchal.)

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