CHAPITRE XII. — SEPTEMBRE
un quart, il pourra voir les troupes, le défilé compris; j'en ai fait l'expérience dans ce but aujourd'hui.
5 septembre. — J'avais demandé que l'armée de Lyon, qui a bivouaqué pendant dix jours lors des événements de Décembre, qui pouvait se battre si je l'avais voulu, et qui m'a rendu d'immenses services en étant parvenue à vaincre sans combattre, eût l'avantage que cela lui comptât comme campagne, ainsi qu'on a fait pour l'armée de Paris. J'ai reçu un refus très poli du ministre de la guerre à cet égard.
6. — J'ai donné à dîner au général de division Bonet, à son aide de camp, officier attaché à l'École polytechnique, dont il est directeur. Le général Bonet est resté ici vingt-quatre heures pour inspecter la compagnie du train des équipages militaires. Le général de division Forey était de ce festin; chose singulière, il n'a pas puni son aide de camp Schmitz, qui est venu dîner avec lui comme si de rien n'était, comme s'il n'avait pas été conduit au violon pour scandale au théâtre; 11 est vrai que M. Schmitz (1) trouve cela fort simple. Il était venu le matin chez moi, pour me donner des explications; je m'étais borné à lui répondre que, s'il faisait partie de l'armée de Lyon, il serait en ce moment au fort Sainte-Foy, mais que comme il était aide de camp du général de division Forey, inspecteur général d'infanterie, j'avais cru convenable, et par déférence pour cet officier général, de lui laisser le soin d'apprécier sa conduite.
Un procès-verbal établi par M. le commissaire de police du quartier du Grand Théâtre contre le capitaine Schmitz, aide de camp du général de division Forey, m"a été transmis par M. le préfet du Rhône.
Cet officier, dans la soirée du A septembre, étant en bourgeois, a voulu occuper de force une place qui n'était pas la sienne; il a causé du scandale, insulté d'aburd les agents du théâtre, puis le commissaire de police, contre lequel, conduit à l'IIotel de ville, il a continué ses injures. Néanmoins, lors-
^ (1) M. Schmitz fut depuis oflicicr d'ordonnance de Tempereur Napo- ^^on III et clief de l'état-major général de l'armée de Paris, sous les ordres
qu'on a eu la certitude qu'il était aide de camp du général Yovey, le capitaine Schmitz a été mis en liberté.
Cet officier ne faisant pas partie de l'armée de Lyon, je n'ai pas cru devoir sévir contre lui. J'ai envoyé au général Forey la copie du procès-verbal du commissaire de police en lui mandant que c'était à lui à apprécier sa conduite. De tous côtés, on me rend compte que le prince sera très bien reçu par la population; il le sera parfaitement par les troupes.
8. — Les rouges sont mécontents de ce que la commission municipale a voté un crédit illimité pour la réception du prince Président à Lyon, où l'on prépare des fêtes magnifiques.
ÎO. — Les ambitions sont en mouvement pour le passage du prince Président. Comme il y a eu beaucoup d'avancements et de croix, et que dans les nombreuses distributions, il y a toujours bon nombre de médiocrités, chacun se croit en droit d'aspirer à des faveurs; cela existe dans le civil comme dans le militaire. M. de M..., sous-préfet de Chàlon, que je crois, du reste, bon administrateur, a fait tout exprès le voyage de Lyon pour me demander de le faire faire préfet par le prince Président à son passage. Je lui ai expliqué comme quoi je n'avais pas à entretenir le Président des nominations de préfets, et que probablement il ne choisirait pas l'époque de son voyage pour faire des préfets à la volée.
La pluie continue et dérange notre simulacre de siège du
fort de la Vitriolerie; c'est désespérant, car il faudrait arriver
à faire devant le Président le couronnement du chemin couvert.
^7, Je me suis rendu à la limite de la Loire et de l'Allier
pour y recevoir le prince Président. Le préfet de la Loire, le
général commandant la subdivision de la Loire, le sous-préfet
de Roanne, l'inspecteur général de police, étaient avec moi.
Le prince Président est arrivé à une heure et demie de
l'après-midi; un quart d'heure avant lui étaient arrivés le
préfet et les députés de l'Allier pour prendre congé de lui; il
y avait aussi un sous-préfet. En général ces messieurs du
civil portent fort mal leur ceinture, trop haut ou trop bas. En
attendant le Président, sur la route, entre deux tas de pierres,