‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 178 sur 206 · On expédie sans cesse de Suisse en France des · texte numérisé non relu

On expédie sans cesse de Suisse en France des

ouvrages de M. Victor Hugo contre le prince Louis-Napoléon.

On cherche aussi à introduire en France, du canton de Cenève

où il abonde, le journal belge fa Nation, qui n'est qu'un tissu

d'injures contre le prince Président. Il est inouï qu'à Bruxelles on souffre de pareilles diatribes contre le chef d'une nation

amie.

On me mande que le prince Président a donné, le 20. une petite soirée à Saint-Cloud. On est frappé de la merveilleuse simplicité qu'il conserve au milieu de ses triomphes inouïs. Le prince est mieux portant que jamais; il est seulement un peu bruni par le voyage. Il a montré une lettre qu'il venait de recevoir d'Abd-el-Kader. dans laquelle l'émir se reconnaît pour la première fois sujet de la France; il jure au Président de ne jamais sortir de Brousse sans sa permission : « Quand même, dit-il. le feu prendrait à ma maison, la foudre tomberait dessus, je n'en bougerais pas sans ta permission. .

2ô. — Le ministre de la guerre m'a autorisé à aller à Paris le 2 novembre pour y être à l'ouverture de la séance du Sénat le 4 novembre. Je laisse le commandement provisoire au général de division Herbillon.

3 novembre. — Je suis arrivé à Paris à six heures et demie du matin: je n'ai encore eu le temps de voir personne. Le ministre de la guerre passera une grande revue de la cavalerie à Versailles. Abd-el-Kader s'y rendra. Le prince Président n'y va pas. Abd-el-Kader reviendra ensuite dîner chez le ministre de la guerre; je suis de ce festin.

J'ai dîné chez le ministre de la guerre; tous les ministres y étaient, sauf MM. de Persigny, ministre de l'intérieur, et Ducos. ministre de la marine. Il y avait eu dans la journée une grande revue de la division de cavalerie Korte, à laquelle assistait Abd-el-Kader. Il y a eu. dit-on. deux beaux mouvements de cavalerie. Le festin était en l'honneur de l'émir. Celui-ci a quarante-quatre ans. cinq pieds cinq pouces. C est un fort bel homme: il a de très beaux yeux expressifs. 1 air lin et spirituel, une belle barbe noire, pas trop forte; son costume blanc fait valoir son teint basané. Il a été fort gracieux à mon endroit. J'ai été deux mois à Bône. Chose singulière, il savait que j'y avais commandé et m'en a parlé; alor> je lui ai exprimé ma satisfaction de sa mise en liberté.

Après le dîner, la foule se précipitait chez le ministre de la

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