CHAPITRE XIII. - NOVEMBRE 18oi
guerre pour voir Abd-el-Kader. II pouvait à peine respirer; il est la principale occupation des Parisiens en ce moment. Il restera quelques jours à Paris, puis il retournera à Amboise pour mettre en route sa suite; il reviendra ensuite passer quelques jours dans la capitale, et ce n'est qu'alors que sa marche délinitive sera arrêtée, qu'on saura s'il passe par Lyon et s'il s"y arrcHe.
Il me serait difficile dénumérer les nombreux officiers généraux et autres qui m'ont entouré chez le ministre de la guerre. Le général Canrobert m'a dit qu'à son retour le Président avait donné à dfner à sa maison et qu'il était à sa droite. Cet officier général a dit au prince : « Vous avez été content des troupes? « Le prince a repris : « Oui, surtout de celles de Gastellane. »
4. — J'ai été à Saint-Cloud voir le Président; il a été, comme toujours, parfaitement bon et aimable pour moi. Je lai trouvé causant avec un ministre dans la première salle; il l'a quitté pour venir à moi. m'a encore remercié de mes services, puis nous avons parlé de la séance du Sénat, de la répugnance de beaucoup de membres, et de la mienne en particulier, à appeler la dynastie de Jérôme à la succession; il m'a dit qu'il trouvait cela simple, car il l'avait éprouvé lui-même, et m'a expliqué avec beaucoup de confiance les raisons qui l'y avaient porté. Je lui ai dit qu'en homme supérieur il avait grandi à mesure que sa position grossissait, ce qui est vrai, tandis que le propre des hommes médiocres est de s'amoindrir à mesure que leur position les élève; que tous ses discours avaient été échelonnés avec une grande habileté, à commencer par celui de Dijon, dont je n'avais pas compris alors toute la portée, mais qui me fit revenir de Dijon à Lyon, au lieu de l'accompagner à Paris, t Oui, me dit-il, j'ai oublié de vous en remercier. J'aurais dû vous en écrire; beaucoup d'autres, à votre place, au lieu de se rendre à leur commandement où il pouvait y avoir du danger, auraient dit : . Ma foi, je m'en moque. Je suis en congé, j'en profite ; arrivera ce qui pourra ! . Il m'a parlé de son projet de mariage avec un abandon et une confiance que je ne lui avais jamais vus à ce point. Le
prince est mieux portant que jamais, et il a lair fort satisfait.
La séance du Sénat ne paraît pas l'occuper du tout, mais les ministres en sont un peu ébouriffés ; cela vient de ce que le Sénat n*a pas été du tout dirigé. Si feu M. de Sémonville avait été grand référendaire, on aurait su à l'avance qui nommer pour la commission; si le duc Pasquier nous avait présidés, le Sénat eût été autrement dirigé.
Abd-el-Kader dînait chez le Président; il m'a demandé comment je pensais qu'il avait conduit ses troupes. « De la seule manière possible et raisonnable, et avec bravoure, lui ai-je dit; n'ayant pas de canons pour répondre aux nôtres, vous ne pouviez vous battre en ligne. » Il s'est montré satisfait. Il a, du reste, l'air assez ennuj'é de son métier de curiosité en montre. Ses yeux sont remarquables d'expression. La princesse Mathilde était à ce dîner.
J'ai retrouvé l'Espagnole, comtesse de Montijo, et sa fille la belle Eugenia toujours pas mariée et qui est fort à la mode. Il faut une heure pour revenir de Saint-Cloud; j'étais à minuit
chez moi.
5. — J'ai été au ministère de la guerre, où j'ai causé avec M. de Franconnière, le lieutenant-colonel Trochu et autres.
La commission du Sénat s'est prononcée contre l'hérédité du prince Jérôme; elle a été appelée à Saint-Cloud.
0". — Le général Sauboul, sous-gouverneur des Invalides, étant venu me voir le matin, m'a dit que le prince Jérôme avait prévenu qu'il coucherait le soir à l'Hôtel des Invalides, la peinture du Luxembourg lui faisant mal. J'ai prévu, dès lors, que la commission était d'accord avec le gouvernement. En effet, en arrivant à deux heures au Sénat, j'ai appris du duc de Mortemart, qui en fait partie, que l'article 4 est supprimé pour le prince Jérôme et sa race: qu'on y a substitué que le prince Louis-Napoléon réglera lui-même, dans le cas où il n'aurait pas d'héritier légitime ni adoptif, l'hérédité de sa famille par un décret impérial.
On a ensuite introduit les trois conseillers d'État Baroche, Rouher et Delangle, commissaires du gouvernement pour le sénatus-consulte. M. Troplong a lu un long rapport très bien