CHAPITRE XIII. — NOVEMBRE
rédigé, lumineux et fort beau, qui a été généralement approuvé dans la Chambre. Il a dit que, d'accord avec le gouvernement, l'article 4 était supprimé; ce qui a généralement satisfait, le Sénat étant très opposé au prince Jérôme et surtout à son fils; c'est, du reste, un sentiment général. Si cet article était resté, cela aurait peut-être fait perdre au prince un million de voix. Le prince Jérôme est, dit-on, exaspéré. Il a eu ce matin avec M. Troplong une conversation d'une heure et demie, dans laquelle il lui a dit des grossièretés; il a été appelé à Saint-Cloud à onze heures, ce matin. On m'assure que le prince Jérôme a donné sa démission de sénateur.
Le prince Jérôme est furieux; non seulement il a maltraité M. Troplong, mais il paraît aussi qu'avec M. Mesnard il a été pas mal grossier. Le motif des observations du duc de Mortemart au Sénat vient de ce que le prince Jérôme, furieux de ce que le duc de Mortemart avait parlé fortement dans son bureau pour que le prince Jérôme et sa race ne fussent pas appelés à l'hérédité dans le sénatus-consulte, avait dit à table, la veille : t Enfin, un général de Mortemart qui vient on ne sait d'où, qui s'est fourré au Sénat on ne sait comment, qui n'a pas même prêté serment, ce qui entache d'illégalité toutes les opérations du Sénat et de la commission, fait de l'opposition contre moi. *
J'ai été chez le duc et la duchesse de Mortemart. Il est fort content de sa position à Bourges; sa femme et sa fille Mme de Sainte-Aldegonde paraissent maintenant satisfaites du parti qu'il a pris; cela l'a fait sortir de l'espèce de marasme dans lequel il était depuis la mort de son fils. Le duc de Mortemart a maintenant soixante-six ans; il a de l'activité, monte à cheval et dirige avec fermeté sa division; il est toujours en uniforme.
7. — A quatre heures, le Sénat s'est rendu en corps à Saint- Cloud pour porter le sénatus-consulte au prince. Le Sénat, en arrivant à Saint-Cloud, a été conduit dans la grande galerie, la même où l'empereur Napoléon I" a reçu l'offre de l'Empire. Un officier a annoncé le prince; iL est entré suivi de sa maison. Les sénateurs ont formé le cercle. Au milieu d'eux
M. Mesnard, en l'absence du prince Jérôme, a prononcé un petit discours fort bien, en remettant le sénatus-consulte au prince. Son Altesse a fort bien répondu en citant des paroles de l'Empereur dans les mêmes circonstances; puis elle a parlé à presque tous les sénateurs; son visage annonçait rémotion et de la satisfaction. A son entrée comme à sa sortie, le prince a été accueilli par les cris unanimes des sénateurs de : « Vive l'Empereur ! > M. d'Argout lui a donné tout de suite le titre de t Sire » et de < Votre Majesté » en lui parlant; il me semble qu'il vaudrait mieux attendre pour cela que le plébiscite, dont le résultat ne peut être douteux, fût connu et que l'empire fût proclamé.
J'ai dit au ministre de la guerre. Saint-Arnaud, que c'était sans doute la dernière fois que le Sénat serait escorté par la garde républicaine, que c'était une anomalie quand il venait de proclamer l'Empire. M. de Saint-Arnaud m'a répondu avec énergie qu'il allait immédiatement changer son nom. Le grand référendaire d'Uautpoul nous a dit, en sortant de Saint-Cloud, que le prince l'avait chargé de dire aux sénateurs de rester à Paris, que d'ici à trois ou quatre jours on présenterait au Sénat des sénatus-consultes.
Le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, m'avait avec beaucoup d'obligeance offert de me mener et de me ramener, de sorte que nous avons voyagé ensemble et causé d'une manière intéressante, en particulier sur les six membres de la commission opposés à Ihérédité du prince Jérôme, que le prince Louis-Napoléon a fait venir à Saint-Cloud. Après leur leur avoir parlé en particulier, il les a réunis ensemble; le cardinal Donnet a été chargé de porter la parole en présence du général Magnan et de quelques autres qu'on avait fait venir et qui se sont déclarés contre le prince Jérôme, quoiqu'ils se fussent d'abord déclarés pour. La démission du prince Jérôme, de président du Sénat, a été acceptée.
.9. — D'après ce que j'ai appris dans le corps diplomatique, l'hérédité du prince Jérôme serait mal reçue par les puissances. Je dînais hier à côté de M. Thouvenel, directeur des affaires politiques au ministère des affaires étrangères. J'ai aussi causé