CHAPITRE II
Arrivt^e à Rouen des volontaires parisiens. — Réception à l'Hôtel de ville.
— Adhésion des troupes à la République. — Je suis remplacé dans le coramandemenl de la 14" division par le général Ordener, et rais en disponibilité. — Mécontentement des troupes et de la garde nationale de Rouen. — Le ministre de la guerre, en m'envoyant mon ordre de rappel, m'écrit une lettre de félicitation sur ma conduite. — Voyage à Paris, aspect des gares incendiées et des lignes surveillées. — Détails sur les événements de février. — Le gouvernement provisoire. — Faiblesse et inertie des généraux Bedeau, Rulhières, Lamoricière, etc., pendant les émeutes. — Paris inquiet et terrifié; crise financière. — Beaucoup d'offîciers sont chassés par leurs soldats. — Triste état de l'armée. — Kmt'ule du 16 mars 4848. — La légion vésuvienne. — Je retourne à Rouen. — Ravages commis dans les forêts de la Seine-Inférieure. — Je suis rappelé à Paris par M. Arago, ministre de la guerre par intérim. — Mon entrevue avec lui. — M. Marrast. — Je suis mis illégalement en retraite, le 18 avril 1848. — Remise des drapeaux aux troupes et à la garde nationale, le 20 avril. — Troubles à Rouen; la garde nationale et la ligne rétablissent l'ordre. — Ouverture de l'Assemblée nationale. — On fête l'anniversaire de la mort de l'empereur Napoléon. — Lettres du colonel Camou, du colonel Canrobert, etc., à l'occasion de ma mise à la retraite. — Ledru-Rollin et George Sand. — Émeutes du 15 mai 1848.
— Les gardes nationales de province viennent au secours de l'Assemblée nationale. — Fête de la Concorde. — Détails sur le séjour de Louis- Philippe à Claremont.
1" mars. — L'arrivée de deux cents volontaires de Paris au débarcadère de Saint-Sever a d'abord donné un peu d'émoi; on ne savait ce qu'ils venaient faire. La troupe de ligne et la garde nationale leur ont laissé le terrain libre pour éviter des collisions. Leur but, à ce qu'ils disent, est de révolutionner les niasses et d'arrêter les incendiaires.
J'ai reçu la visite du capitaine Mathis et du sous-lieutenant (iressot, du 3' de dragons, qui ont été requis à Saint-fnTmain pour accompagner avec cinquante dragons les représentants du peuple et les volontaires parisiens. Le 3« dragons est le
seul corps qui soit revenu en entier de Paris et qui ait conservé ses armes. Ces deux officiers m"ont dit que les officiers (le la ligne s'éloignent deux partout où ils arrivent, et ([u'alors ils s'empressent d'aller leur expliquer qu'ils ne font partie de la colonne que parce qu'ils ont été requis.
Les représentants Dussart et Avril, qui commandent cette colonne, sont venus chez moi pour me parler de leur mission, qui consiste à préserver les chemins de fer des incendiaires. J'ai été à l'embarcadère de Saint-Sever leur rendre leur visite: ils m'ont demandé de passer la revue des deux cents volontaires, qui sont commandés par un élève de l'École polytechnique. Je les ai harangués, en leur faisant compliment de la devise de leurs drapeaux : Expédition contre les incendiaires. Le représentant a crié : « Vive la République! > Ils ont ensuite crié : « Vive le général Castellane! »
M. Leballeur, maire provisoire, ma demandé un demibataillon d'infanterie avec une musique, et un peloton de cavalerie, pour aller chercher les volontaires parisiens au débarcadère de Saint-Sever et leur servir d'escorte d'honneur jusqu'à l'Hôtel de ville, où des rafraîchissements doivent leur tHre donnés. J'ai accordé tout cela. Le cortège s'est formé place Saint-Ouen; il y avait un fort bataillon de la garde nationale. On a été à la préfecture prendre M. Deschamps, commissaire du gouvernement. Pendant le trajet, une averse mêlée de grôle est venue saucer tout le monde. De la préfecture. M. Deschamps, avec le cortège, s'est dirigé par les quais et le pont Saint-Pierre vers le débarcadère. Avant l'arrivée du cortège, le maréchal de camp Gérard, suivi de son aide de camp, avait été voir les volontaires; il s'est trouvé sur les lieux et s'est vu obligé de se joindre à la municipalité et au commissaire du gouvernement. Le cortège est revenu alor> vers riI<Mel de ville: en tète il y avait un rassemblement de deux cents hommes de tout ;\ge, en blouse, qui ont chanté la M'irsrillaise. Une foule immense accompagnait le cortège, mais c'était seulement par curiosité. On ne paraît guère enthousiaste de la République.
La garde nationale, la ligne et les volontaires se sont mis