‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 19 sur 206 · CHAPITRE II. — MARS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — MARS

en bataille sous le balcon de l'Hôtel de ville. Les volontaires ont chanté deux ou trois fois le Chant des Girondins dans le drame du Chevalier de Maison-Rouge d'Alexandre Dumas. Rien n'a pu exciter la plus minime manifestation.

Une demi-heure après, M. Deschamps, entouré du maire et de la municipalité provisoire, s'est présenté au balcon de l'Hôtel de ville avec l'élève de l'École polytechnique qui commande les volontaires et avec les représentants du peuple.

Prenant à la main un drapeau qui portait l'inscription : Expédition contre les incendiaires, il a parlé en ces termes : < Au nom du peuple français, à la face du ciel qui nous entend et qui nous répond {il pleuvait), sous les plis de ce noble drapeau qui a vu la victoire que viennent de remporter nos frères de Paris, la République française est proclamée à Rouen. Vive la République! »

Les volontaires seuls et quelques ouvriers ont crié : « Vive la République! > La garde nationale et la ligne sont restées muettes. L'élève de l'Ecole polytechnique a embrassé M. Deschamps et les membres de la municipalité provisoire, tout le monde s'est embrassé, ce qui a fait passablement rire.

M. Deschamps est descendu, suivi de toute la municipalité et de rélève de l'Ecole polytechnique, qui avait repris le drapeau; il a passé la revue des volontaires, de la garde nationale, qui n'a pas soufflé mot, et de la ligne, qui n'a pas crié davantage. Seuls, deux ou trois individus en blouse qui suivaient en dehors de la foule criaient de temps en temps : « Vive Deschamps! »

La garde nationale n'a pas attendu que M. Deschamps et sa municipalité provisoire fussent rentrés dans l'Hùtel de ville pour partir, musique en tète, pendant qu'ils passaient devant la ligne.

On a servi à dîner dans l'Hùtel de ville aux deux cents volontaires. Après dîner, ils ont fait le tour de la ville, accompagnés de quelques Rouennais. Hs sont venus devant mon quartier ^'énéral, rue du Moulinet; ils ont chanté un couplet de la Marseillaise et le Chant des Ci rondins, le tout entremêlé de cris de : • Vive le général Castellane! .

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