‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 181 sur 206 · CHAPITRE XIII - NOVEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII - NOVEMBRE

avec M. Drouyn de Lhuys. Les puissances sont tout juste bienveillantes pour le rétablissement de l'Empire, c'est une crise que nous traverserons sans encombre, mais il ne faudrait pas nous créer nous-mêmes d'embarras.

Abd-el-Kader est reparti pour Amboise afm d'y attendre la décision du Sultan sur son séjour à Brousse, où il est pressé de se rendre; cette affaire se traite en ce moment.

J'ai été à Saint-Cloud, où je suis arrivé à dix heures du matin. J ai attendu quelques instants au salon de service, où on était fort occupé des uniformes pour Fontainebleau, où le prince va aller chasser.

Le colonel Ney a organisé la vénerie, dont il est chargé, sur le même pied que sous l'Empire.

On ne donnera le titre de « Sire . et de * Majesté . au prince qu'après qu'il aura été proclamé.

Le prince Louis-Napoléon m'a fait une fort gracieuse réception, suivant son usage. Nous avons parlé du sénatus-consulte,' je lui ai dit que l'opposition du Sénat contre le prince Jérôme était une opposition dictée par affection pour lui, que le vote unique de M. Vieillard, son ancien précepteur, prouvait qu'il connaissait à fond, en cette qualité, la générosité de son caractère.

Le prince m'a demandé mon avis sur différentes choses d'étiquette dans les revues; à propos de ça, je lui ai raconté que. voyageant avec le cardinal Donnet, lui voyant mettre ses gants rouges au moment de descendre de voiture, je lui avais fait observer que c'était le moment de les quitter, attendu qu on ne paraissait jamais devant un souverain avec des gants; j'ai ajouté que le cardinal s'était empressé de le faire en me remerciant beaucoup.

Le prince m'a invité à déjeuner. Pendant le déjeuner, on parlait des troupes qu'il avait vues pendant sa tournée; il a dit : « Le seul lieu où il y ait eu de l'ordre est Lyon; pour les populations, celles par lesquelles j'ai été le mieux reçu, c'est à Saint-Etienne et à Nîmes. . Le général Lahitte est arrivé et a été prié à déjeuner. On était à table quand on a annoncé le prince Jérôme. Ayant pris place vis-à-vis du Président, il s'est

trouvé en face de deux sénateurs. J'étais à la droite du Président, à côté de M. Mocquard, qui est fort spirituel.

Après le déjeuner, le prince est entré dans la salle à côté du salon de service avec le prince Jérôme, avec lequel il a eu un long entretien. Étant pressé de m'en aller, je me suis avancé; alors il est venu à la porte ouverte, m'a pris la main et m'a fait des adieux aimables. Ce qui m'a étonné, c'est que le prince Jérôme, qui est furieux contre les sénateurs, se soit avancé pour me dire : « Bonjour, Castellane >, et me faire ses adieux en me serrant la main.

J'ai été chez M. Chevreau, secrétaire général du ministère de l'intérieur, qui fait à peu près tout, car on assure que les distractions de M. de Persigny augmentent. M. Chevreau est parfaitement obligeant. Il m'a parlé de M. Bret, me demandant si j'en étais content; je lui ai dit que oui. Il m'a répondu : « Tant mieux, car ce qu'il nous faut avant tout à Lyon, c'est un préfet qui vous convienne. »

J'ai été ce soir chez la princesse de Lieven, qui a maintenant soixante et onze ans; elle est fort souffrante et ne se lève plus de dessus son canapé. Ce qui la soutient, c'est de s'occuper de politique,sa grande passion. Elle est toujours fort aimable pour moi.

il. — Ma fille Contades est priée pour trois jours à Fontainebleau et part demain. Je suis parti à sept heures du soir pour Lyon.

12. — Nous sommes débarqués à une heure de l'après-midi. A deuxheures, je me promenais sur la place Bellecour. Le soir, j'ai été au Grand Théâtre.

13. — On me rend compte de différents points que des protestations du comte de Chambord contre l'Empire ont été répandues dans les départements de mon commandement. Dans le département du Rhône, il en a été adressé par la poste à tous les membres du conseil général et des conseils d'arrondissement. Elles sont timbrées de Lausanne.

Le rétablissement de l'Empire est vu généralement, par les troupes en particulier, avec une grande satisfaction. Les rouges, mécontents, travaillent dans l'ombre; mais ils n'osent pas faire la moindre démonstration.

Page 1