CHAPITRE XIII. — DÉCEMBRE 1852. il
« Je remercie messieurs les membres de la commission de « la peine qu'ils ont prise et du soin qu'ils ont mis à faire con- « fectionner cette épée à Lyon et par des artistes lyonnais, ce « qui me la rend encore plus précieuse. »
29. — J'ai prié à mon dîner du lundi 29 novembre les membres de la commission de l'épée, présents à Lyon; j'ai mis mon épée pour la première fois à ce festin, pour faire honneur à la commission.
2 décembre. — Le rédacteur en chef du Salut public, M. Destigny, entrant à neuf heures du matin dans ma chambre, m'a annoncé ma nomination de maréchal de France; il a reçu par le télégraphe électrique un extrait du Moniteur du 2 annonçant la proclamation de l'Empire, les nominations de maréchaux de France des généraux Castellane, Magnan et Saint- Arnaud.
Une dépêche télégraphique de neuf heures cinquante-cinq du matin, du maréchal Saint-Arnaud, m'est parvenue à dix heures du matin; elle est ainsi conçue :
c Sa Majesté vient de vous élever à la dignité de maréchal de France.
« Le maréchal ministre de la guerre veut être le premier à vous adresser ses sincères félicitations. »
Il y a eu explosion de joie à l'armée de Lyon, dans tous les grades, à cette nouvelle; il en a été de môme dans la ville, à tous les rangs. Les généraux Deshorties et Mellinet sont accourus chez moi émus et tout heureux.
J'ai adressé à l'Empereur la dépêche suivante :
« Sire, Votre Majesté trouvera bon que, dans mon impatience de lui exprimer ma profonde reconnaissance, je fasse usage du télégraphe.
« Soldat le 2 décembre 1804, jour du couronnement de l'Empereur, son neveu daigne, le 2 décembre 1852, me nommer maréchal de France.
« Mon dévouement à Votre Majesté égale ma reconnaissance. Je supplie l'Empereur d'en déposer à ses pieds la respectueuse expression. »
5. — Après le Te Deum à la cathédrale, le préfet du Rhône a proclamé l'Empire, du haut d'une estrade sur la place Bellecour. L'armée a répondu par trois hourras de : t Vive l'Empereur! » Les troupes ont ensuite défilé dans le plus grand ordre en poussant le même cri. Le temps était très beau; il y avait une grande affluence. Cette cérémonie a été magnifique.
J'ai donné un dîner de trente-deux personnes; j'y avais prié les officiers généraux, les chefs de corps et les principales autorités civiles. Il m'aurait fallu en avoir cinquante; malheureusement, ma salle à manger est trop petite; les convives touchaient le mur des deux côtés. J'ai porté la santé de l'Empereur, en parlant de son pouvoir fondé sur huit millions de suffrages, de ses hautes qualités gouvernementales. On raconte que j'ai bien parlé; le diable m'emporte si je me souviens de ce que j'ai dit.
Le soir, Lyon a été illuminé, mais médiocrement. Les Lyonnais ont aussi peu crié : « Vive l'Empereur! » quoique, au fond, ils soient contents.
7. — On a été étonné de me voir porté le dernier sur le décret qui nomme les maréchaux; le plus curieux, c'est que cela a eu lieu contrairement à la loi du 14 avril 183:2. Le maréchal Saint-Arnaud, ministre de la guerre, est parvenu à tromper l'Empereur en lui faisant croire que le rang dépendait de sa volonté. C'est un abus de pouvoir de M. de Saint- Arnaud et une action peu délicate. Je ne voudrais pour rien prendre la place d'un autre; le respect du droit d'ancienneté importe à l'armée (1).
Extrait d'une lettre de Mme ia marquise de Contades.
€ 2 décembre i85i
« J'arrive des Tuileries; j'ai été comblée de compliments pour vous. Le premier m"a été fait par Abd-el-Kader, ensuite tous les ministres et leurs femmes, princesse Mathilde, etc.
(1) J'ai su qup l'Empereur avait été fAché plus tard de celte injustice. Je ne l'ai jamais conçue, avec les bontés dont il m'a toujours honoré; mais il n'a plus voulu revenir sur le fait accompli. (Note du maréchal.)