CHAPITRE XIU. — DKGEMBRE
content, m'a fait compliment de grand cœur. Il attribue- mon rang sur le décret à ce que je n'y avais pas été porté par le ministre de la guerre Saint-Arnaud, qui s'y était placé le premier avec le général Magnan en second, mais que l'Empereur m'avait ajouté, voulant positivement que j'y fusse.
16. — J'ai dîné chez l'Empereur. Il a été, comme à son ordinaire, parfaitement bon pour moi; il m'a placé à sa droite. Il avait à sa gauche le comte Tascher, ancien officier d'ordonnance de l'empereur Napoléon I*'; je ne l'avais pas vu depuis trente-huit ans. La dernière fois que nous nous étions rencontrés, c'était chez l'empereur Napoléon I*'.; il est assez singulier que nous nous revoyions chez un autre empereur, son neveu.
J'ai remercié l'Empereur du bâton de maréchal, je lui ai montré l'épée de Lyon, il l'a trouvée fort belle. Nous avons causé de Lyon, de son voyage, enfin un peu de tout. L'Empereur est maintenant très difficile à voir; ses aides de camp mêmes sont obligés de lui demander des audiences lorsqu'ils veulent lui parler, quand ils ne sont pas de service.
Les Tuileries sont remises entièrement à neuf; l'ameublement est magnifique. L'Empereur, après dîner, prend chacun à part; vers huit heures trois quarts il s'est retiré du salon dans ses appartements, et chacun s'en est.allé.
De là j'ai été aux Invalides, chez le prince Jérôme, qui reçoit les jeudis; j'y ai vu son fils Napoléon. Ce grand et fort garçon-là emploie encore en ce moment des rouges, les Girardin, etc. ; il fait continuellement de l'opposition à l'Empereur son cousin.
17. — J'ai dîné chez Mme Cibiel, puis j'ai été chez Mme de Montijo; elle va avec sa fille Eugenia à Compiègne. Cette jeune personne, à laquelle on donne vingt-six ans, est grande, fort agréable. On prétend qu'elle a touché le cœur de l'Empereur. Elle est cinq ou six fois grande d'Espagne. Elle est fort enrhumée; on va jusqu'à dire que c'est pour cela que le voyage de Compiègne a été retardé. Mlle de Montijo a une bonne extinction de voix, mais n'en est pas moins décidée à aller demain à Compiègne, et elle ira.
iS. — y ai été chez Mme la maréchale de Lobau, qui est enchantée de ma promotion ; je ne me doutais guère, à Tépoque où j'étais aide de camp de son mari, général de division, qu'il serait maréchal de France et que je le deviendrais un jour
moi-même.
20. — On ne disait pas de nouvelles, ce soir, chez la princesse de Lieven. M. Guizot y était et a causé avec esprit, suivant son usage.
Chez Mme de Boigne, M. de Salvandy racontait que le prince Murât était parti pour l'Allemagne pour traiter d'un mariage pour l'Empereur. M. de Casablanca m'a dit que le prince Murât était tout bonnement allé en Allemagne pour faire une partie de chasse. Ce qui est positif, d'après M. de Casablanca, qui doit le savoir, c'est que TEmpereur est très décidé à se marier; depuis quelques jours seulement, il le dit dune manière positive. Le prince Jérôme, quoique cela ne soit pas son intérêt, l'a beaucoup engagé à se marier, et l'Empereur lui en sait gré.
23. — Chose extraordinaire. M. de Saint-Arnaud, espérant probablement faire rendre un nouveau décret qui lui donnerait le pas sur les deux maréchaux de France nommés le 2 décembre dans le même décret que lui, avait gardé l'ampliation envoyée par M. Fould, quand il a su que la loi ne permettait pas que, étant le moins ancien général de division des trois, il prît rang avant les deux autres. La lettre de félicitations était depuis le 3 décembre faite et signée de lui au bureau des états-majors. Ni M. le maréchal Magnan ni moi, nous ne la recevions; j'en ai témoigné hautement mon étonnement, même dans les bureaux de la guerre. Enfin M. le maréchal de Saint- Arnaud a consenti à se dessaisir du décret, et aujourd'hui 23 décembre j'ai reçu par ordonnance la lettre de félicitations du ministre de la guerre datée du 6 décembre et ampliation du décret dont la teneur suit :
« Monsieur le Maréchal, j'ai l'honneur de vous adresser une ampliation du décret en date du 2 décembre 1852, par lequel l'Empereur vous a élevé à la dignité de maréchal de France.