CHAPITRE XIII — DÉCEMBRE
Je suis heureux d'avoir à vous transmettre cet éclatant témoignage de la satisfaction de Sa Majesté pour vos éminents services. Veuillez agréer mes sincères félicitations, Monsieur le Maréchal, et recevoir l'assurance de ma très haute considération.
« Le Maréchal de France, Ministre secrétaire d'Etat de la guerre,
« Signé : De Salnt-Arnaud. »
« Napoléon,
« Par la grâce de Dieu et la volonté nationale Empereur des Français :
« Considérant que l'habileté et le courage déployés pour la défense de l'ordre dans les circonstances graves que nous avons traversées sont des titres exceptionnels à la reconnaissance publique; qu'il est juste de récompenser ceux qui ont le plus concouru à préserver la patrie des dangers qui la menaçaient,
< Avons décrété et décrétons ce qui suit :
« Article premier. — Sont élevés à la dignité de maréchal de France les généraux de division : de Castellane, commandant en chef l'armée de Lyon et commandant supérieur des 7« et 8* divisions, sénateur...
« Fait au palais de Saint-CIoud. le 2 décembre 1852.
« Signé : Napoléon.
« Par l'Empereur, le ministre d'État,
« Signé : A. Fould. »
En remerciant xM. le ministre de la guerre, je lui ai fait connaître que sa lettre ne m'était parvenue que le 23 décembre.
:24. — Les chasses de Gompiègne suivent leur cours. Le ministre de l'intérieur M. de Persigny et sa femme, fille du prince de la Moskowa, sont toujours très amoureux l'un de
4i0 JOURNAL DU MARÉCHAL DE CASTELLANE.
Tautre. Arrivée à Thallali. Mme de Persigny s'est mise à sangloter; M. de Persigny l'a embrassée. Il paraît qu'ils ont continué cet exercice à cheval, d'un cheval à l'autre, en revenant, puis ils sont remontés dans leur chambre et ne sont pas descendus pour le dîner; on a trouvé cela un peu léger pour TEmpereur. A Compiègne. l'Empereur continue, dit-on, à être fort épris de Mlle de Montijo.
25. — J'ai été le soir chez la princesse de Lieven; jem'y suis trouvé un moment avec quatre anciens ministres : le comte Mole, qui l'a été sous l'Empire et sous Louis-Philippe ; MM. Guizot et Dumont, sous Louis-Philippe; M. de Chasseloup-Laubat, sous le président. M. de Kisseleff, ministre de Russie; mon gendre Hatzfeldt. ministre de Prusse, complétaient l'assemblée.
Nous avons causé de feu le comte Pozzo di Borgo, diplomate bien remarquable, qui a fini par mourir en enfanco. ayant oublié le français et ne parlant plus qu'italien. Il était très avide. Louis XVIII lui avait une fois donné un million avec le consentement de l'empereur de Russie. Il était avare. jouait sur les fonds; il a laissé huit millions de fortune.
La princesse de Lieven est fort souffrante; elle n'ira paloin. La politique est la seule chose qui remonte ses forces ; elle en a la rage. Sa perte fera un vide à Paris, pour leambassadeurs surtout. Elle a une correspondance dans toute l'Europe; elle a le besoin de savoir.
On s'amuse beaucoup à Compiègne; on y joue aux jeux innocents. On a inventé des histoires d'orgies qui n'ont pas le sens commun; les journaux belges répandent ces calomnies avec satisfaction.
27. — M. Dellois, ex-lieutenant du 1" régiment de garded'honneur, Belge, qui était sous mes ordres en 1813 dans ce régiment et qui n'a pas cessé de m'écrire deux fois par an depuis, dans la lettre qu'il vient de m'adresser pour le jour de l'an et pour me féliciter de mon maréchalat, me dit que. depuis 1814, il avait conservé sa croix de la Légion d'honneur à l'effigie de l'Empereur, et qu'il vient de la reprendre avec bonheur; il dit que tous les anciens militaires ont con-