CHAPITRE XIII. — JANVIER
Mme de B... avait pris les devants, il y a quelques mois; M. et Mme G... l'ont rejointe avant d'avoir quitté les affaires, ils attendront l'époque où ils les laisseront définitivement pour se séparer de leur ancienne société. C'est ainsi que les choses se pratiquent.
10. — Aujourd'hui a eu lieu ma seconde soirée dansante; elle a été encore plus nombreuse que la première. Gela ira toujours crescendo; il y avait des toilettes très recherchées, Bellecour et les Brotteaux ont également donné, en outre de la colonie.
Exti^ait d'une lettre de Mme la marquise de Contades, du 16 janvier 1853.
19. — « Vous devez entendre, même de loin, l'écho des bruits de Paris, où il n'est question que du mariage de l'Empereur et de Mlle de Montijo. Eh bien, entre nous, cela pourrait arriver. L'Empereur a pris pour elle une très vive passion, et il me paraît prendre la chose tout à fait au sérieux. Quant à elle, elle se conduit avec réserve et dignité. Au point de vue politique, ce mariage offre des inconvénients au premier aspect; mais s'il ne se fait pas, il est plus que probable que l'Empereur ne se mariera pas du tout, attendu que sa répugnance pour se marier jusqu'à cette heure n'a été que trop prouvée, et que de vieilles chaînes anglaises qui sont encore bien près de lui et qui font la terreur de ^eux qui l'aiment pourraient le retenir. Gomme son cousin est détesté et très impopulaire, on passera sur la différence des rangs, dans l'espoir d'un garçon. Je vous le répète, la chose est probable, très probable; voilà pourquoi je vous en préviens confidentiellement. Gette jeune fille n'a contre elle que l'inégalité de sa naissance, car elle est jolie, bonne et spirituelle; avec cela je lui crois beaucoup d'énergie et de noblesse d'àme. Je l'ai beaucoup vue en ces derniers temps et n*ai observé que de bonnes choses en elle. >
La décision de ce jour du ministre de la guerre qui défend
aux cavaliers de porter le fusil en bandoulière est tout à fait à mon adresse. Il faut rendre justice à M. le maréchal de Saint-Arnaud. Cette niche-là ne vient pas de lui; il Ta signée, mais à la suite d'une décision du comité de la cavalerie. Elle est due au général de division Morris, qui. quoique ayant été en Afrique, où les chasseurs portent toujours le fusil en bandoulière, avait porté au rapport une demande du colonel jColbert, du 1" de dragons, de ne plus porter le fusil en bandoulière. M. le général Morris amis dans son rapport d'inspection ses observations; pendant son séjour à Paris, il aura provoqué du comité cette décision. Voilà en vérité un grand succès pour une mauvaise chose I Je ne ferai pas revenir sur cette décision, au moins actuellement; mais je n'en persiste pas moins dans mon opinion, qui est celle du maréchal de Saxe, que les cavaliers doivent porter leurs fusils en bandoulière; cela de plus leur donne un air de guerre qui convient à des soldats. Au reste, j'ai été trop facile pour la manière dont ma cavalerie est menée; je vais m'en occuper davantage, et si le général Morris reste sous mes ordres, il faudra qu'il s'occupe beaucoup plus de sa troupe.
20. — Ma fille Ilatzfeldt m'écrit, du 19 janvier : t On parle dans la ville du mariage de l'Empereur avec Mlle de Montijo; ■cette nouvelle a besoin de confirmation. Si cela est, il aura, du moins, une belle femme; c'est quelque chose pour lui. C'est de l'avancement au choix. >
Je lui réponds :
« Pour mon compte, je m'en réjouis. Je ne me doutais guère, lorsque madame sa mère me l'amena à Perpignan, le 29 juillet 4834, la tenant par la main, elle ou sa sœur, car -elle avait avec elle deux petites filles et un petit garçon nommé Paco, qu'elle serait un jour impératrice des Français. Je donnai alors à la comtesse de Montijo, qui fuyait d'Espagne, des lettres de recommandation pour nos parents de Toulouse. Je la retrouve dans mes notes d'alors comme ayant trente à trentecinq ans, grande, encore bien, ayant un esprit remarquable.
« Lorsque je revis Mme de Montijo, en 1849, à Paris avec sa fille Eugenia, elle fut très aimable pour moi. L'Empereur aura