‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 190 sur 206 · CHAPITRE XIII. — JANVIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. — JANVIER

dans Mlle de Monlijo une femnne très belle, très spirituelle et, je crois, fort bonne. Mlle de Montijo aura fait un beau rêve. »

Extrait (Vune lettre de Mme la marquise de Contades, du 20 janvier 1853.

2i. — « Mon cher père, je ne vous avais pas trompé, le mariage de l'Empereur est non seulement déclaré, mais il aura lieu dans huit jours. Mlle de Montijo et sa mère iront samedi prochain habiter l'Elysée, et je crois que c'est samedi en huit que le mariage aura lieu; du reste, je vous tiendrai au courant de tout cela. Vous jugez de la bousculade de ce moment-ci! Robes, diamants, voitures, chevaux, rien n'est prêt, mais tout le sera. Paris est un pays de fées pour cela. On dit que ce sera la duchesse de Vicence qui sera à la tête de la maison de l'Impératrice. »

23. — Hier à midi, l'Empereur, suivi de ses ministres et de sa maison, s'est rendu dans la salle du Trône, où avaient été convoqués les bureaux du Sénat et du Corps législatif, le conseil d'État et tous les sénateurs et députés présents à Paris, et il a annoncé son mariage avec Mlle de Montijo dans un discours dont je transcris ici la fin :

« Je viens, Messieurs, dire à la France : J'ai préféré une « femme que j'aime et que je respecte à une femme inconnue « dont l'alliance eût eu des avantages mêlés de sacrifices; sans « témoigner de dédain pour personne, je cède à mon penchant, « mais après avoir consulté ma raison et mes convictions.

« Enfin, en plaçant l'indépendance, les qualités du cœur, le « bonheur de famille au-dessus des préjugés dynastiques et « des calculs de l'ambition, je ne serai pas moins fort, puisque « je serai libre.

1 Bientôt, en me rendant à Notre-Dame, je présenterai « l'Impératrice au peuple et à l'armée; la confiance qu'ils ont « en moi assure leur sympathie à celle que j'ai choisie, et « vous, Messieurs, en apprenant à la connaître, vous serez « convaincus que, cette fois encore, j'ai été inspiré par la « Providence. »

24. — C'est ma quatrième soirée dansante. Cette fois-ci il y avait moins de femmes des Terreaux et des Brotteaux, mais celles du quartier Bellecour avaient donné en masse. Plusieurs d'entre elles m'ont dit qu'elles n'avaient pas mis les pieds à l'hôtel du quartier général depuis la Restauration, du temps du général Paultre de Lamotte.

25. — Le télégraphe électrique a apporté le décret qui fait du prince Napoléon, qui n'a jamais servi, un général de division. Cela ne s'était jamais vu. Quand on donnait à des princes en débutant le titre de colonel, c'était tout ce qu'on faisait de plus fort. L'Empereur lui-même, pour son frère Joseph, en fit un colonel du 4* de ligne, et pas plus. Chez toutes les puissances, en Russie même, les princes passent par tous les grades; seulement on les leur fait parcourir plus vite. La nomination d'emblée du prince Napoléon comme général de division est chose sans exemple. Elle déplaira à l'armée. S'il y avait du danger, loin que le prince Napoléon fût un appui pour l'Empereur, on reprocherait à ce dernier cette nomination, d'autant plus que le prince Napoléon n'est pas aimé. L'Empereur aura cédé aux obsessions de sa famille ; il est trop habile pour ne pas sentir lui-même quejc'est une faute.

30. — J'ai reçu le 28, à deux heures de l'après-midi, la lettre ci-après du ministre de la guerre, qui en renfermait une de l'Empereur :

« Monsieur le Maréchal,

« M. le ministre d'État vient de me faire parvenir, et je m'empresse de vous faire transmettre ci-jointe, une lettre close qui vous est adressée par l'Empereur: je vous prie de m'en accuser réception.

« Agréez, Monsieur le Maréchal, l'assurance de ma haute considération.

t Le maréchal de France, ministre secrétaire d'État de la

guerre.

« P. 0. Le chef de cabinet

« Signé : Fr.vnconnière. >

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