CHAPITRE XIII. — JAXVIEH iSli'i. i
« Monsieur le maréchal comte de Gastellanc, nous vous faisons savoir que la célébration de notre mariage civil aura lieu le 29 de ce mois, à huit heures du soir, au palais des Tuileries, et que nous vous avons désigné pour en signer l'acte. Sur ce, nous sommes votre affectionné.
« Au palais des Tuileries, le 25 janvier 4853.
« Signé : Napoléon. »
J'ai tout de suite riposté par la dépêche télégraphique que voici : « La lettre close de l'Empereur m'invitant à signer l'acte de son mariage le 29, à huit heures du soir, m'arrive le 28 à deux heures de l'après-midi; il est physiquement impossible que je sois arrivé à temps. En partant par le bateau à vapeur du 29 à cinq heures du matin, si le brouillard ne s'oppose pas à la navigation, je pourrais être tout au plus au débarcadère avec le train qui y arrive à dix heures douze du soir. Veuillez me faire connaître par le télégraphe les ordres de Sa Majesté et si je dois, malgré cela, me rendre à Paris par le convoi du 29 au matin. »
Le ministre m'a répondu à cinq heures du soir : « Mettez-vous immédiatement en route pour Paris; si vous ne pouvez arriver à temps pour assister à la signature de l'acte de mariage de l'Empereur, vous paraîtrez au moins à la cérémonie religieuse, qui aura lieu dimanche à Notre-Dame. Votre présence est d'autant plus nécessaire que l'intention de Sa Majesté est de vous faire la remise de votre bâton de maréchal. »
J'avais écrit à la comtesse de Montijo, le 25 janvier 1853, ce qui suit :
« Nous sommes de trop vieilles connaissances, chère Madame, pour que je n'aie pas appris avec bonheur le mariage de l'Empereur. Je viens vous prier d'agréer mon compliment; je vous l'adresse de tout cœur. Si vous le recevez aussi tard, cela vient de ce que, dans le premier moment, j'avais supposé qu'en qualité de maréchal de France, je serais appelé à assister au mariage de Leurs Majestés : n'ayant reçu aucun ordre
du ministre de la guerre à cet égard, je dois rester à mon poste. Soyez assez bonne pour mettre aux pieds de notre future impératrice mes respectueuses félicitations ; recevez, chère Madame, la nouvelle assurance de l'ancien, sincère et respectueux attachement de votre bien dévoué. »
Ma lettre sera arrivée le 27 au soir, et le 28 au matin elle l'aura probablement montrée à l'Empereur, qui aura sûrement témoigné à M. Fould son étonnement de ce que ma lettre close n'avait pas été envoyée; alors il l'aura sans doute envoyée 'à M. de Saint-Arnaud, qui l'avait engagé en mon absence à la garder. M. de Saint-Arnaud craint probablement quelque discussion de préséance, s'il est dans l'intention de continuer à vouloir prendre un rang de maréchal de France qui n'est pas le sien.
Si, le 27, on m'avait envoyé la dépêche par le télégraphe, je serais parti le 28 au matin de Lyon, arrivé le soir, et par conséquent j'aurais assisté le 29, à huit heures du soir, au mariage civil de l'Empereur; au lieu de cela, je suis parti le 29, par le bateau de cinq heures du matin, et pour cela il faut se lever à trois heures. On arrive à dix heures et demie du soir à la gare; on n'est pas couché avant minuit; cela fait vingt et une heures. J'ai eu très froid sur le bateau, où j'ai commencé un bon rhume.
J'ai voyagé dans un coupé avec M. de Bonnechose, évèque de Carcassonne; il a débuté par être avocat général à Besançon. Le cardinal de Rohan, mon cousin, l'a engagé à entrer dans les Ordres; nous avons parlé de lui. Cet évêque, d'environ cinquante ans, est grand, bien élevé et bien tourné; il est aimable, il venait de Rome.
Le Pape est très disposé de sa personne à venir sacrer l'Empereur, mais d'autres considérations le retiennent; cela l'obligerait à aller sacrer tous les souverains. Il explicpie que, pour l'empereur Napoléon I", c'était différent, que c'était pour consacrer une nouvelle dynastie. Si l'empereur Napoléon III allait à Rome, il le sacrerait volontiers. Il est disposé à envoyer un légat a latere ad hoc pour sacrer l'Empereur, et même à venir en France de sa personne, mais plus tard.