‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 24 sur 206 · CHAPITRE II. — MARS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — MARS

beaucoup aussi dans la forôt Verte, qui appartient à l'État. Le commissaire du gouvernement Deschamps y a envoyé des troupes, mais avec la recommandation de ne pas agir; ce qui les compromet sans utilité pour personne.

Le 69% arrivé à Rouen, est tout honteux d'avoir été désarmé à Paris et n'est pas, dit-on, disposé à remettre ses armes une seconde fois.

27 . — On a fini par arrêter quinze pillards dans les bois, et on les a conduits à la prison de Bicétre.

La prison de Bicêtre a été assaillie, ce soir, par le peuple, qui a réclamé l'élargissement des prisonniers. Le commissaire Deschamps a requis le général Gérard de se porter à Bicétre avec ses troupes. Celui-ci est resté avec ses soldats sur le quai, auprès du grand pont, à un kilomètre de Bicêtre, où il a attendu les événements. Lorsqu'il a appris que le peuple s'était retiré, il a harangué les troupes; elles ont crié : « Vive la République ! » et sont rentrées dans leurs casernes. Des bandes parcourent la ville nuit et jour avec des chants qui ne sont pas rassurants.

28. — Le fils du général Ramel, qui est négociant ici, a été envoyé chez moi en députation par la garde nationale, et m'a demandé si, dans un danger pressant, je pourrais prendre le commandement de la garde nationale. Je lui ai répondu que, dans ma position, ce serait me mettre en révolte; que, quand j'aurais été régulièrement élu, étant général de division en disponibilité, je demanderais au ministre de la guerre l'autorisation d'accepter.

29. — J'ai été à la barrière du Havre, au Mont-Riboudet, voir la brave épicière chez laquelle j'avais établi mon quartier général dans la nuit du 25 au 26 février. C'est une excellente femme; elle a été enchantée de ma visite; je tenais à la remercier.

Le commissaire du gouvernement Deschamps a fait une proclamation, publiée ce matin, dans laquelle il défend les attroupements; il ordonne de traduire les chefs devant les tribunaux. Il a été mis au pied du mur dans une assemblée de commerçants, où on lui a signifié qu'il fallait qu'il prît

parti, ou pour les honnêtes gens, ou pour les fauteurs de désordres. Voilà M. Deschamps engagé dans une voie qui ne plaira pas à M. Ledru-Rollin.

31. — Le général de division Ordener est arrivé dans la soirée pour prendre le commandement de la 14" division.

2 avril. — J'ai été très étonné de recevoir à huit heures du matin la lettre suivante :

« Mon cher général,

« J'ai l'honneur de vous informer que le ministre de la guerre me charge de vous inviter à vous rendre immédiatement à Paris, au ministère de la guerre, auprès du général de division directeur du personnel, qui a des communications urgentes à vous faire.

« Recevez, mon cher* général, mes compliments affectueux et empressés.

« Siyné : Ordener. »

Mon premier mouvement a été de penser que le gouvernement provisoire et le ministre de la guerre par intérim Arago, ne se souciant pas que je résidasse à Rouen, où je suis très populaire, me faisaient venir à Paris pour me le dire. J'ai été chez le général Ordener pour tâcher de savoir s'il était mieux instruit que moi; il m'a paru ne pas l'être.

En exécution des ordres du ministre de la guerre, je suis parti par le convoi d'une heure et demie et je suis arrivé à sept heures du soir à Paris.

J'ai vu à onze heures du soir le général Gazan, qui m'a raconté que M. Arago lui avait dit que le gouvernement provisoire était inquiet de ma présence à Rouen, que j'agitais cette ville, que je parcourais les campagnes des environs, etc. Je lui ai répondu que j'étais loin de croire que j'étais en suspicion, et que je ne savais pas ce que cela voulait dire; que, ([uant à parcourir les campagnes, je n'étais pas même sorti de Rouen. J'ai ajouté que j'étais, à Rouen, établi très régulièrement, puisque j'avais été autorisé par le ministre de la guerre,

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