CHAPITRE II. — AVRIL
Je suis reparti à cinq heures du soir pour Rouen.
Paris est toujours dans le plus grande fermentation. Tous les jours, du matin au soir, on ne voit que des rassemblements, des députations d'hommes, de femmes, qui vont féliciter le gouvernement provisoire.
0. — La ville de Rouen entretient en ce moment onze mille ouvriers qui sont censés travailler et qui, au lieu de cela, lisent le journal. La ville donne Ofr. 75 aux uns,0 fr. 65 à d'autres; il y a des femmes à 0 fr. 40, des enfants àO fr. 30, ce qui fait environ 5,500 francs de dépense par jour pour la ville de Rouen, dépense qu'elle ne pourra supporter longtemps. Ces ouvriers ont chassé les inspecteurs qu'on leur avait donnés et en ont élu d'autres qui les portent tous présents, qu'ils viennent ou non aux ateliers, ce qui est, du reste, indifférent pour l'ouvrage, puisque, présents ou absents, ils ne travaillent pas.
Comme il y a demain une grande cérémonie pour la plantation d'un arbre de la liberté au Champ de Mars, je me rends à Paris, parce que si je ne m'y trouvais, il y aurait de la part de la garde nationale et des ouvriers des cris de : « Vive le général Castellane! » Cela donnerait de l'humeur aux autorités et déplairait au gouvernement.