‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 27 sur 206 · Je suis arrivé à Paris à sept heures du soir · texte numérisé non relu

Je suis arrivé à Paris à sept heures du soir

On a fait une caricature sur Louis Blanc : des ouvriers lui disent : « Chou b/anc, nous voulons la lune. » Il répond : « Il faut pour cela que je consulte M. Arago, puis que j'en confère avec le gouvernement provisoire; mais, dans tous les cas, vous l'aurez... vous l'aurez avant l'organisation du travail. »

10. — J'ai appris que M. Marrast, un des membres du gouvernement provisoire, était celui qui avait le plus insisté pour mon rappel de Rouen. Il y a deux ans, son frère, le capitaine d'habillement Marrast, ayant été proposé pour le grade de major, je dis au comité des inspecteurs généraux que ce capitaine d'habillement avait été compromis dans le procès du capitaine Leclerc, du 50" de ligne, et qu'il convenait de consulter la procédure. On la fit venir de Perpignan. On y trouva une lettre dudit Marrast constatant qu'il était en rapport avec un fripier et qu'il lui vendait des effets de son régiment. Mar-

rast ne fut pas nommé, ni porté l'année dernière sur le tableau d'avancement. Un des premiers actes du gouvernement provisoire a été de le nommer chef de bataillon. Le rédacteur en chef du National a fait également nommer son frère, Achille Marrast, procureur général près la cour de Pau.

J'ai rencontré le général Changarnier, qui sortait de chez M. de Ilatzfeldt et qui m'a ramené dans son fiacre. Il m'a dit . « On ne peut pas être plus comblé que je le suis : gouverneur général d'Afrique, puis Gavaignac n'ayant pas accepté, j'ai été balancé pour être ministre de la guerre, puis, au moment d'avoir un corps d'armée, d'être nommé ambassadeur en Prusse. »

Cela m'a paru, à moi, fort peu de chose d'être l'envoyé de la République française près d'une puissance qui ne l'a pas reconnue. Avec toutes ces hypothèses, on lui a admirablement doré la pilule. Mon amitié pour lui m'a porté à le féliciter néanmoins.

il. — Un ouvrier, dans un club, est monté à la tribune et s'est écrié : « Il faut me f. .. un bon dîner, il faut me f... cent sous pour aller au spectacle, il faut me f... la plus jolie femme de Paris.

Le président. — Citoyen, f...-moi le camp. » Et l'orateur a été chassé au milieu des rires de l'assemblée.

J'ai vu le nouveau sous-secrétaire d'État de la guerre, M. Charras, qui, de chef de bataillon du i" bataillon d'infanterie légère d'Afrique a été nommé, il y a quelques jours, par le gouvernement provisoire, lieutenant-colonel du 9" de ligne et secrétaire du comité de défense. Il était, en 1830, élève de l'Ecole polytechnique; il est entré depuis dans l'artillerie, puis il est passé, en Afrique, dans la ligne. Il a toujours été correspondant du National, ce qui est la base de sa fortune actuelle. On suppose que le gouvernement provisoire veut en faire un ministre de la guerre. Depuis la République, les généraux ne sont plus introduits avant les autres officiers. Il m'a dit qu'on va former trois corps d'armée pour garnir la frontière de lluningue à Dunkerque, et mon nom, m'a-t-il dit, sera mis nécessairement sous les yeux du gouvernement provisoire, pour le commandement d'un de ces corps.

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