CHAPITRE ni. — JUIN
garde nationale au cri de : « Vive Napoléon 1 » et il a habilement tiré parti de ce fait. La commission executive a dit (ju'elle maintenait la loi de bannissement du iO avril 1832 contre Louis-Napoléon, et que l'Assemblée prononcerait. Celle-ci n'a rien décidé.
Pendant qu'on criait : « Vive la République ! » dans l'Assemblée, des groupes nombreux, sur la place de la Concorde, criaient : « Vive Napoléon !» On a fait évacuer la place. Le général de la garde nationale Clément Thomas a dit : t Charf/ez cette canaille. « Les groupes qui reculaient devant la garde nationale criaient : « A bas Clément Thomas î Vive Napoléon ! » Il régnait une véritable agitation bonapartiste. La garde nationale ne criait pas non plus : « Vive la République ! » Il y avait parmi elle des cris de : « Vive Napoléon! » et quelquefois : « Vive l'ordre I Vive la liberté ! »
Je suis inquiet de la République; ce qui s'est passé aujourd'hui pourrait bien être le commencement de la fin. La garde nationale et les troupes sont fatiguées, et le cri général est qu'il faut autre chose que ce qui existe. Tout le monde dit : « Il faut quelqu'un qui commande. » Nous verrons si nous passerons par un Bonaparte.
Suivant l'usage, il y a eu des groupes nombreux à la Porte Saint-Denis; on entendait de tous côtés les chants de la Marseillaise et des Girondins^ et, par intervalles, le refrain suivant sur l'air des Lampions :
Nous l'aurons, nous l'aurons, Louis-Napoléon.
13. — M. Jules Favre a fait un discours très acerbe contre son ancien ami M. Ledru-Rollin et contre le gouvernement, dont il ne fait plus partie, depuis qu'il a donné sa démission de sous-secrétaire d'État du ministère des affaires étrangères. Il a conclu à l'admission de Louis-Napoléon, élu dans les trois départements ; la Seine, l'Yonne, la Charente-Inférieure.
M. Bûchez, chargé de faire le rapport d'une des élections de Louis-Napoléon, a conclu à son annulation. Toute son argumentation se résumait en ces mots ; c Nous avons peur. »
M. Ledru-Rollin a pris la parole pour s'opposer à l'admission de Louis Bonaparte; la Chambre ne l'a pas moins prononcée à une forte majorité.
Les cris de : « Vive Napoléon ! » qu'on entend dans les groupes depuis deux jours prouvent qu'il y a non seulement justice, mais prudence à l'admettre. Si par hasard la peur a influencé la résolution de certains membres, on ne peut que s'en réjouir. Refuser l'admission de Louis-Napoléon, c'était lui faire un piédestal, tandis qu'en l'admettant à l'Assemblée on pourra y apprécier son mérite.
16. — J'ai été payé jusqu'au 16 juin du traitement de disponibilité; à dater de demain, je le serai sur le budget des pensions.
Honneur aux généraux Baraguay d'Hilliers et Lebreton, au représentant Larabit; ils ont courageusement défendu les droits méconnus d'officiers généraux victimes d'une mesure illégale et arbitraire.
Je plains le général Gavaignac d'avoir défendu la mesure. Le général Lamoricière l'a appuyée dans le comité. Quelques généraux se réjouissent de ne plus voir devant eux des officiers qui les primaient et qui, par leur expérience de la guerre du continent, étaient appelés à rendre service à la France; je le déplore. L'Assemblée nationale a passé à l'ordre du jour. Je ne cesserai de réclamer le conseil d'enquête composé de trois maréchaux de France et de deux lieutenants généraux, qui est nécessaire pour infliger la retraite à un lieutenant général.
Le gouvernement vient de créer des conseils d'enquête pour les sous-officiers; ils ne pourront plus être cassés sans cette formalité, et il en refuse un aux officiers généraux qu'il a mis en retraite, malgré la précipitation avec laquelle il en; a drossé la liste! Ni le bureau des états-majors, ni le direc-* teur du personnel de la guerre n'ont été consultés; la précipitation a été telle que deux officiers généraux qui n'ont paaj le temps voulu pour obtenir la pension, le général de division Lawœstine.et le général de brigade Polignac, ont été compris] tians le décret, ainsi .que deux colonels, l'un mort depuis six]