CHAPITRE III. — JUILLET
n'étaient pas habitués en Afrique, a coûté cher. Ils ne connaissaient pas la guerre de barricades; ce n'est que le troisiènrïe jour qu'ils se sont décidés à attaquer les barricades, en faisant des conimunications de maison en maison, comme je l'avais indiqué, dès le premier jour, à tous les représentants que je rencontrais. Les officiers d'Afrique, en se présentant en face aux barricades, sont cause de la Saint-Barthélémy d'officiers qui a été faite. Le général Changarnier n'est pas de ceux-là: il est nommé commandant en chef de la garde nationale de Paris : c'est un fort bon choix.
29. — Les gardes nationales des départements continuent à afnuer à Paris; cela fait un grand effet moral sur les ouvriers, qui voient bien que s'ils avaient été vaincjueurs, ils n'auraient pas été les maîtres de la France, comme ils se le figuraient.
30. — Le désarmement de la mauvaise portion de la garde nationale continue à s'opérer tranquillement.
Ce qu'il est arrivé de gardes nationaux des provinces est incroyable. On en a arrêté beaucoup qui étaient en marche, en leur faisant savoir que tout était terminé dans la capitale. J'ai été dans les rues du Faubourg-Saint-Martin et du Faubourg- Saint-Denis; les pavés sont remis en place, et on ne se douterait pas qu'on se battait dans ces quartiers, il y a quatre jours.
1*' juillet. — Les partisans de Louis Blanc prétendent que les ouvriers qui suivent sa bannière ne figuraient point dans l'insurrection, et qu'il n'y avait que ceux des ateliers nationaux; cela me paraît difficile, car ils portent eux-mêmes le nombre des combattants à quarante mille, parmi lesquels dix mille forçats libérés.
Le moyen qu'on a pris le dernier jour, et que j'ai indiqué le premier, de faire des communications de maison en maison, pour arriver aux barricades, ne leur fait aucun plaisir et les embarrasse beaucoup pour les barricades futures; ils cherchent les moyens d'y parer. Ils sont furieux de l'arrivée en masse des gardes nationaux des provinces.
On continue à assassiner des mobiles isolés.
On m'a assuré que, le samedi 21, le ministre des finances
d'alors, le sieur Duclerc, a raconté que jetais à la tête des ouvriers des barricades, et qu'il était question de m'arrêter. En fait d'invention absurde, on ne peut en trouver de plus forte. Je ne suis sorti de chez moi que pour me trouver au milieu des gardes nationaux pendant les jours de combat, pour donner des conseils et offrir mes services.
3. — Le général Cavaignac a annoncé à l'Assemblée la dissolution des ateliers nationaux.
La proposition de l'impôt progressif sur les successions a été mal accueillie par l'Assemblée.
4. — La mère du général Cavaignac est une petite femme d'une tournure commune et de beaucoup desprit ; elle a toujours été une ardente républicaine. Elle exerce une influence absolue sur son fils; il en était de même sur l'aîné, Godefroi.
Le général Cavaignac était disposé à s'établir à l'Elysée: elle s'y est opposée, disant que ce palais était dominé de tous les côtés, entouré de murs doù Ion pouvait tirer facilement sur son fils, qu'elle ne pourrait y dormir. Mme Cavaignac reçoit une foule de lettres dans lesquelles on lui annonce que son fils sera assassiné. Le général Cavaignac a eu ensuite l'idée d'aller s'établir à la liste civile, place Vendôme: mais le représentant qui est chargé de la liquidation a fait observer que, pour débarrasser les papiers, il faudrait quelque temps: alors il y a renoncé. On a sous-loué à M. Baudon Ihôtel de Mademoiselle d'Orléans, rue de Varennes; le général Cavaignac va y demeurer. — Je tiens ces détails de son oncle, le général de division, ancien pair, qui fait partie de la deuxième section et qui a signé le recours à l'Assemblée nationale, dont son neveu a appuyé l'ordre du jour.
5. — Il avait d'abord été décidé que le cortège de la cérémonie funèbre de demain conduirait les corps des victimes jusqu'à la colonne de Juillet, au pied de laquelle ils devaient être déposés. Le général Cavaignac et d'autres représentants craignent, comme Louis-Philippe, les assassinats, dans ce grand trajet de boulevards; aussi a-t-il été décidé que le cortège s'arrêterait à l'église de la Madeleine, où les corps seraient provisoirement déposés, sous prétexte qu'on n'avait