CHAPITRE PREMIER. — DKCEMBRE
12. — Parade de trois petits bataillons des 18" et 28» de ligne. C'est tout ce que la garnison do Rouen peut fournir. Le peloton du 2« de dragons a fait grand plaisir aux Rouennais, qui ne sont pas accoutumés à voir de la cavalerie. La foule était considérable, et nous avons été favorisés par un très beau temps.
18. — Le banquet réformiste de Rouen, qui doit, d'après les ordres de ceux qui sont à la tête de ces manifestations, clore, en France, celles de ce genre, sera présidé par M. Senard, avocat de Rouen, d'un grand mérite, auquel on prête des opinions républicaines. Il se fait, chaque année, de son cabinet au moins cinquante mille francs. Les réformistes ont fait les plus grands efforts pour que ce banquet fût très nombreux; ils se vantent qu'il y aura quinze cents personnes. Le festin aura lieu à Tivoli, situé dans la commune du Petit-Ouevilly, à la sortie du faubourg Saint-Sever et à trois kilomètres de la tête du pont de Rouen. On ne pense pas qu'il y ait des troubles à cette occasion. Les habitants paisibles voient avec peine ces manifestations, qui ne sont propres qu'à donner de l'inquiétude, à diminuer les affaires et à resserrer les capitaux. Elles tendent à remuer les masses. Il est regrettable que, dans un gouvernement monarchique, des banquets d'où le nom du Roi est proscrit puissent avoir lieu publiquement; cela est mauvais pour la basse classe. A l'aide de ces banquets radicaux et du communisme, on voudrait monter les têtes des ouvriers, afin de les faire agir dans l'occasion et marcher sur Paris.
Les ouvriers qu'on a été obligé de faire venir de Lyon à Elbeuf, pour y enseigner l'usage de certaines machines, ont donné à ceux de cette dernière ville un mauvais esprit; les négociants d'Elbeuf ont senti la nécessité d'être prêts à se défendre, ce qui fait que la garde nationale y est bien composée.
21. — Suivant les radicaux, ils seront seize cents au banquet réformiste. Sur le refus d'admettre le toast au Roi, M. Grandin, député, leur a déclaré qu'il n'y assisterait pas. L'opinion générale est que ce dîner se passera sans manifes-
tation extérieure; cependant le préfet m'écrit pour que je lasse doubler certains postes qui sont sur le chemin qui conduit à Tivoli. Toutes les précautions seront prises; mes vingtcinq dragons auront leurs chevaux sellés. J'ai tout lieu de croire qu'il n'y aura rien; les meneurs veulent se borner en ce moment à monter les têtes.
Rouen est toujours avec une municipalité provisoire; le premier conseiller municipal, Fleury, remplit les fonctions de inaire, car Topposition allant toujours croissant, M. Barbet, pair de France, a cru devoir donner sa démission de maire. Il n'y a ni colonel ni lieutenant-colonel dans la garde nationale; les candidats présentés n'étant pas dans les opinions que le gouvernement pourrait désirer, le préfet de Ja Seine- Inférieure préfère que le commandement soit exercé par le plus ancien chef de bataillon, dont il est satisfait.
22. — M. Bouvet, l'un des commissaires du banquet réformiste, a écrit au commandant de la place de Rouen pour lui demander de mettre à leurs ordres un piquet de vingt hommes pour faire leur police. Je me suis mis d'accord avec le préfet, et voici ce que j'ai fait répondre : « Le banquet pour lequel on demande un piquet n'ayant pas le caractère de réunions d'amusement public pour lesquelles je suis autorisé à en fournir, ce piquet ne pourrait être accordé que sur la réquisition de M. le préfet de la Seine-Inférieure. »
Si les moyens légaux manquent pour empêcher ces réunions, il serait à désirer que le gouvernement provoquât une décision législative qui mit au moins des limites àcette faculté.
23. — Plusieurs membres du conseil municipal font partie (lu banquet; la municipalité a accordé aux commissaires des drapeaux qui appartiennent à la ville pour décorer la salle et des gardes municipaux pour leur police.
25. — Vingt mille personnes s'étaient portées sur la route du Pont de Rouen à Tivoli. Elles n'avaient d'autre but que de voir passer les convives; immédiatement après leur entrée, la foule s'est dissipée. Le nombre des convives était de dixï^opt cents.