La République, au 24 février, a été un véritable esca
motage; la prétendue force prise par la République, le 24 juin, est encore un escamotage; aussi M. Villemain. en voyant sur le char funèbre des victimes les mots : Morts pour la République, s'est écrié : « Quel mensonge pour la postérité î » L^ fait est que chacun s'est battu contre les émeutiers pour lu défense de l'ordre, et non pour autre chose. Le même sentiment a animé les gardes nationaux venus des département>. dont l'immense majorité, tout en subissant la République, veut une monarchie. Au 24 février, le général Cavaignac était maréchal de camp; ses qualités de républicain de la veille, de frèr du fameux républicain Godefroi Cavaignac, ont été la cau-^ de ses nominations de général de division, de gouverneur d'Afrique et de ministre de la guerre, et l'ont porté à la dictature. Comme militaire, il n*a aucune influence sur l'armée; il n'a pas, comme Bonaparte, remporté de grandes victoires à la tête d'une armée.
Le ministre de la guerre, le général Lamoricière, n'entend rien au maniement des troupes: sorti des rangs du génie, il serait incapable de commander sur le terrain un changement de front à trois bataillons. Le général Changarnier est le seul des Africains qui sache manier des troupes; il l'a appriailleurs qu'en Afrique; il est certainement, de tous les officiergénéraux qui ont fait leur avancement en -\frique. le plucapable de faire la guerre sur le continent.
9. — Pierre Leroux dînant chez Mme de Boissy, celle-ci lui faisait des observations sur les principes qu'il professait: à propos des malheurs qui menaçaient Paris, il a répondu f Babylone et Ninive ont bien disparu; il en sera de même d^ cette ville. »
i2. — J'ai dîné chez Mme des Rovs, née Iloche; MM. Mignet. Boulay (de la Meurthe). Desjobert, représentant de la Seine-Inférieure, Mauvais, représentant, aide-astronome de M. Arago, l'abbé Coquereau. étaient avec quelques autres de ce dîner.
La duchesse d'Orléans, à Eisenach, Louis-Philippe et leprinces, à Claremont, ont positivement refusé un arrangement avec la branche aînée et veulent qu'on le sache; il>
CIIAPITRK III — JUILLET 1848. 91
trouventque ce serait un déshonneurpoureux : Louis-Philippe ne pourra plus dire, comme il l'a écrit particulièrement à plusieurs souverains à son avènement, qu'il avait ramassé le trône seulement parce qu'il était tombé, et qu'il avait par là rendu service à toutes les monarchies. Il est bien clair que ce qu'il a voulu, c'est prendre la place de la branche aînée. Cette résolution des d'Orléans prouve qu'ils croient à la possibilité du rétablissement pur et simple de la régence; ce qui me paraît peu croyable.
M. Avond, rapporteur ordinaire du comité de la guerre, a proposé l'ordre du jour au nom de ce comité, sur ma pétition tendant à être replacé sur le cadre d'activité; il a dit que l'Assemblée ayant passé à l'ordre du jour, le 15 juin, sur le recours des officiers généraux, et ma réclamation étant fondée sur les mêmes motifs, il y avait lieu de passer également à Tordre du jour; l'Assemblée a adopté les conclusions du rapporteur et a voté l'ordre du jour.
i4. — On donne en ce moment aux troupes de ligne à Paris, outre la solde de cette capitale, un supplément de cinquante centimes, d'une ration de vin, d'une ration d'eau-devie. D'un autre côté, la garde nationale mobile, à pied et à cheval, a trente sous par jour. On fait de prétendues économies par des retenues sur les appointements, et à côté de cela, des dépenses exorbitantes pour la force publique. Dans beaucoup de départements, on ne paye pas le supplément d'impôts de quarante-cinq centimes; la crise financière suit son cours. La misère est excessive, le nombre de boutiques fermées à Paris, dans ce trimestre de juillet, est considérable.
io. — Une séance violente a eu lieu, il y a deux jours, dans le comité secret de l'Assemblée nationale. M. Flocon et autres avaient établi l'usage de fumer dans la buvette, dans la bibliothèque et dans les salles attenant à l'Assemblée; il «'agissait de supprimer cette faculté. La montagne a été très vive pour son maintien; la majorité en a décidé autrement, et le palais de nos représentants ne sentira plus la pipe.
18. — M. le général Cavaignac, chef du pouvoir exécutif, avait annoncé qu'il recevrait tous les mardis; il a débuté
aujourd'hui. Il y avait, dit-on, plus de deux mille personnes; on passait devant lui comme on le faisait avec le Roi, avec la différence que lui Cavaignac ne parle presque pas. Il a regardé défiler les officiers de la garde nationale, appuyé à la cheminée. Il a dit quelques mots aux autres personnes et a été poli avec le corps diplomatique. Voici son costume : habit noir à collet droit, coupé comme les habits de pair, à un seul rang de boutons, boutonné par le bas, ouvert par le haut pour laisser paraître un gilet blanc et une cravate blanche, la croix de commandeur de la Légion d'honneur et celle de commandeur de Léopold de Belgique à son cou, un pantalon noir et des bottes.
La mère Cavaignac assistait à la réception. ^
Mme Lamoricière est la seule femme qui soit venue. ^
21. — La République comptera, le 24 juillet, cinq mois d'existence; combien de fois, depuis, s'est-on écrié : « Cela ne peut pas durer! » et cela a toujours marché, en dépit de toutes les illégalités commises; maintenant, on le répète encore; la République semble être arrivée à un état de langueur et d'atonie. Le singulier est qu'à peu près personne en France n'en veut, qu'à peu près personne n'ose le dire, que la masse de ceux qui défendent la République n'en veulent pas. La misère s'accroît tous les jours, la crise financière ne diminue pas; l'Assemblée vote des dépenses inutiles, sans s'embarrasser des moyens de recettes, témoin ces bourses gratuites pour les Écoles polytechnique et militaire, dans le but de flatter le peuple, et cela au moment où on ne sait pas si, dans six mois, on pourra payer l'armée; les provinces* sont furieuses contre Paris auquel elles doivent la République et qu'elles voudraient voir anéantir. Tout ceci finira par du hasard et de l'inattendu. Cela peut durer six jours, six mois, six ans; Dieu seul le sait. Confions-nous en lui; il est grand et miséricordieux.
22. — Le général Changarnier a fait supprimer le mot citoijen des lettres (jui sortaient de l'état-major de la garde nationale et l'a fait remplacer par celui de monsieur. Comme on lui faisait l'observation que le mot citoijen était imprimé,