CHAPITRE III. — AOUT 1848. g
il leur a répondu : « Messieurs de l'état-major de service, qui n'ont rien à faire, l'effaceront. » Cela se raconte dans la garde nationale et y fait bon effet; on peut juger par là de son esprit actuel.
25. — A l'Assemblée nationale, la moitié de la séance a été perdue à discuter sur la prononciation du mot club : les uns disaient cleubbe, les autres club comme plut; il a été décidé qu'on prononcerait club.
29. — La Prusse a reconnu la République française. Mon gendre, le comte de Hatzfeldt, qui n'exerçait jusqu'ici qu'officieusement les fonctions déchargé d'affaires, a été accrédité comme tel, en attendant l'arrivée d'un ministre plénipotentiaire.
'^0. — La Presse, V Assemblée nationale et autres journaux supprimés par le général Gavaignac continuent à ne point paraître; c'est une véritable confiscation. M. Emile de Girardin a fait paraître une brochure intitulée : Journal d'un journaliste au secret, dans laquelle le général Gavaignac est violemment attaqué.
Un grand scandale a eiï lieu : M. Proudhon a développé à la tribune de l'Assemblée nationale sa proposition de l'impôt sur le revenu, dont le but véritable est l'abolition de la propriété, la violation de toutes les lois divines et humaines; il a prêché le socialisme, la spoliation et le vol. Il prétend que la propriété a été abolie par le décret du gouvernement provisoire qui proclame le droit au travail.
La Ghambre a prononcé l'ordre du jour motivé ci-après : « L'Assemblée nationale, considérant que la proposition du citoyen Proudhon est une atteinte odieuse aux principes de la morale publique, qu'elle est une violation flagrante du droit de propriété, base de l'ordre social, qu'elle encourage la délation, et fait appel aux plus mauvaises passions;
« Considérant, en outre, que l'auteur a calomnié la révolution de Février, en voulant la rendre complice des théories qu'il est venu développer à la tribune, passe à l'ordre du jour. »
7 août. — Le général Lamoricière, ministre de la guerre,
s*est fait nommer général en chef de l'armée des Alpes par son ami le général Cavaignac, dans le cas où l'on interviendrait en Italie. Le général Oudinot, commandant provisoirement cette armée, deviendra ce qu'il pourra; il sera libre de conserver sa division de cavalerie.
15. — Le général Le Flô, appelé d'Afrique, a été nommé, hier, ministre plénipotentiaire près l'empereur de Russie. Je connais beaucoup M. Le Flô, qui était colonel du 32" en Afrique ; il a été récemment nommé général de brigade par le gouvernement de la République; il est homme d*esprit; en 1830, je le conservai au S'' léger, d'où on voulait le renvoyer comme légitimiste. C'est un honnête homme, et un fort bon officier dont je fais cas; je suis persuadé qu'il ne s'attendait pas à la mission dont le général Cavaignac le gratifie, en sa qualit d'Africain probablement.
16. — J'ai été chez M. Thiers. J'y ai rencontré le général Changarnier; je ne l'avais pas vu depuis quelque temps. La grande question à l'ordre du jour est la publication des pièces de l'enquête; il y a tant de gens intéressés à l'ensevelir quje n'y croirai que quand je la verrai. Le National crie contre On l'avait annoncée pour aujourd'hui; rien n'a paru. On racontait qu'on craignait un mouvement henriquinqulste : j n'y crois pas, en ce moment, à Paris; cela me paraîtrait stupide. M. Thiers ne serait pas partisan, du moins je le suj» pose, d'une restauration de la légitimité : les propos difemmes de la maison, Mmes ïhiers et Dosne, sont violentcontre.
Je suppose que la maison est pour la régence; j'ai toujours cru que si un mouvement dans ce sens avait Ifeu, ce ne serait que par les provinces qu'il pourrait avoir des chances.
18. — Je profite des loisirs que me laisse le repos militaire auquel je suis condamné en ce moment, pour travailler à la rédaction de mes mémoires, intitulé> : Bar/at elles sur mon temps. Cette occupation a un grand charme pour moi. Je les avais terminés au mois d'avril 48:25; depuis que j'ai repris ce travail, j'en suis arrivé au mois d'avril 1826. Ils sont extraits du journal que, depuis de longues années, j'avais écrit chaque