CHAPITRE III. — AOIT
jour; puis, pour les chapitres de la France quand j'en suis absent, des lettres que feu mon pauvre père m'écrivait chaque jour, de celles de ma femme et de mes amis. C'est une besogne de plusieurs années probablement.
20. — J'ai vu le général Le Flô. Il est reconnaissant envers moi; il est donc venu me voir, me parler de nouveau de son attachement et du chagrin qu'il éprouve de mon inique mise en retraite. Je n'ai au reste, pour mon compte, à me plaindre de personne à ce sujet; le général Ghangarnier n'a pas oublié non plus qu'il était capitaine sous mes ordres en 1834 et 1835, que je l'avais déjà distingué comme un homme fait pour commander aux autres et proposé pour l'avancement.
21. — Dans tous les théâtres, les allusions contre la République (et il n'en manque pas dans les nouvelles pièces) sont accueillies avec enthousiasme et couvertes d'applaudissements.
24. — Le général Cavaignac prend goût aux suspensions de journaux. On supposait que la loi restreignant la liberté de la presse une fois votée, il ne se croirait plus ce droit; il en est autrement : un arrêté du 21 août a suspendu les journaux le Représentant du peuple, le Père Duchêne, le Lampion et la Vraie République.
Une réunion des rédacteurs des journaux a eu lieu à onze heures du matin, dans les salons Lemardelay, rue de Richelieu. Il a été décidé qu'une protestation serait rédigée; elle a été votée à l'unanimité et couverte immédiatement de soixante signatures.
Gela n'a point arrêté le général Cavaignac dans son amour de suppression : un arrêté de ce jour suspend la Gazette de France, comme contenant des attaques contre la République et professant des doctrines monarchiques tendant à soulever la guerre civile.
28. — Le nouvel Annuaire militaire est curieux; grâce à la Saint-Barthélémy des officiers généraux, il ne figure plus dans le cadre d'activité que vingt-quatre lieutenants généraux nommés avant la République. M. Cavaignac, Louis-Eugène, le premier des élus de ce gouvernement, est du 28 février 1848. Les premiers qui figurent sur l'Annuaire sont le général
Harispe, qui aura quatre-vingts ans au mois de décembre, et le Général Exelmans, qui a soixante-treize ans; ils ont été conservés comme ayant commandé en chef.
3 septembre. — Le général Cavaignac a passé une grande revue de la garde nationale, de la ligne, de l'artillerie et de la cavalerie; il y avait un bataillon par légion et par régiment. . La garde nationale a un peu crié : « Vive la République! . L'artillerie de la garde nationale, qui passe pour avoir des opinions plus avancées, a crié : « Vive la République démocratique et sociale! >
Les 12* et 26' de ligne sont campés aux Champs-Elysées. Chacun de ces régiments a seize cents hommes; tous les soirs, il en manque six cents à Tappel; ils rentrent quand ils veulent, ils s'en vont courir le soir dans la plus mauvaise tenue, et on. n'ose pas les punir. Si ces régiments restent longtemps dans cette position, ils seront perdus.
11 y a un grand désordre dans les expéditions du ministère de la guerre. Gela nest pas étonnant; on a renvoyé de bons chefs de bureau pour les remplacer par des gens étrangers au ministère de la guerre, et il leur faut un certain temps pour se mettre au fait.
8. — On prétendait, hier, que le général Cavaignac voulait se débarrasser du général Changarnier, qui lui porte ombrage, et l'éloigner de Paris en lui donnant le commandement de, Tarmée du Rhin. Je ne suppose pas que le général Changarnier se prête à une semblable combinaison, à moins que la guerre ne soit certaine.
C'est un drôle de corps que M. de la Rochejaquelein: maintenant les légitimistes s'en défient. 11 a dîné l'autre jour avec le général Cavaignac, et il a été ensuite à l'Opéra avec lui dans sa loge. A l'Assemblée, il est continuellement à s'entretenir avec les ministres.
Jai dîné hier avec lui chez la princesse Mathilde DemidotT. lille de Jérôme Bonaparte. Si les Napoléon font des démarcho pour arriver au pouvoir, je ne doute pas qu'elle n'y soit tout à fait étrangère. On a parlé beaucoup, à ce dîner, du bal que M. iMarrast a donné hier; il y avait quatre mille personnes et